Récits
Sunulife · ven. 22 mai 2026 · 2 min de lecture
Le poème qui traverse l'Atlantique

Il y a d'abord la mer. Cette mer qui, à Lagos, n'est jamais vraiment silencieuse. Elle roule ses vagues contre les rochers de la Bar Beach, là où les vendeurs de plantain grillé installent leurs braseros à la tombée du jour. C'est cette même mer que Gbenga Adesina regarde depuis son balcon d'Ikeja, le soir, quand le bruit de la circulation s'apaise et que les derniers oiseaux regagnent les manguiers. Son recueil, "Death Does Not End at the Sea", porte le poids de cette étendue d'eau. Pas seulement celle qui borde les côtes nigérianes, mais celle que des milliers d'âmes ont traversée, parfois pour ne jamais arriver. Le titre est une sentence, une promesse, une interrogation. La mort ne s'arrête pas à la mer — alors où va-t-elle ? Que devient-elle ? Le prix Griffin, l'un des plus prestigieux au monde dans le domaine de la poésie, a mis en lumière cette question. Cent trente mille dollars canadiens. Une somme qui, pour un poète, est à la fois une consécration et un vertige. Mais pour Gbenga, c'est surtout une reconnaissance de ce qu'il tente de faire depuis des années : rendre visibles les invisibles, donner une voix à ceux que la mer a engloutis. L'histoire commence bien avant les honneurs. Elle commence dans un petit village de l'État d'Ondo, où le jeune Gbenga écoutait sa grand-mère raconter les légendes de la traite négrière. Des histoires de bateaux qui partaient sans jamais revenir, de familles déchirées, de noms perdus dans les eaux. "La mer est une tombe sans pierre", di
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