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Récits

Sunulife · mar. 7 avr. 2026 · 2min de lecture

Les échos du rhinocéros blanc

Les échos du rhinocéros blanc

Kimani se souvient encore du premier regard. Pas celui qu'il a échangé avec Malkia, le dernier rhinocéros blanc femelle du Nord au conservatoire d'Ol Pejeta, mais celui que sa caméra a capturé entre elle et Jomo, le garde-forestier qui avait passé quinze années de sa vie à ses côtés. C'était un matin de mars, la lumière dorée filtrait à travers les acacias, et dans ce rectangle magique de son viseur, Kimani a compris qu'il ne filmait pas un documentaire sur l'extinction — il documentait une histoire d'amour. Jomo avait trente-quatre ans quand il avait été assigné à Malkia. Elle en avait douze, déjà marquée par la tragédie de son espèce décimée par le braconnage. "Au début, elle ne me faisait pas confiance," raconte Jomo, ses mains caressant machinalement l'écorce d'un arbre mort. "Les rhinocéros ont une mémoire d'éléphant. Ils se souviennent de chaque blessure, de chaque trahison humaine." Mais Kimani, derrière sa caméra, observe une autre vérité. Il voit comment Jomo arrive chaque matin à l'aube, comment il murmure des mots en kikuyu à l'oreille de Malkia, comment ses gestes deviennent rituels. Il voit aussi comment elle commence à répondre, d'abord par de petits mouvements d'oreilles, puis en s'approchant de la clôture quand elle entend ses pas. "Elle connaît mon odeur à cent mètres," dit Jomo avec une fierté discrète. Le documentaire de Kimani, qu'il a intitulé "Chorwet" — "l'ami du rhinocéros" en kalenjin — aurait pu être une énième lamentation sur la sixième extinction d

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