Récits
Sunulife · ven. 17 avr. 2026 · 2 min de lecture
Les mots qui nous portent : quand la littérature devient refuge

Le premier hiver parisien avait cette qualité particulière de gris qui semblait pénétrer jusqu'à l'âme. Aminata se tenait devant la vitrine de la librairie du quartier latin, les mains enfoncées dans les poches d'un manteau trop mince pour la saison. Depuis six mois, elle arpentait ces rues avec la sensation persistante d'être un fantôme, une silhouette floue dans un paysage trop net. La thèse en littérature comparée qui l'avait amenée en France s'était transformée en un exercice d'étouffement progressif. Chaque mot qu'elle écrivait en français lui semblait emprunté, chaque phrase une traduction imparfaite de ce qu'elle voulait vraiment dire. C'est alors que son regard fut attiré par une couverture aux couleurs fanées, posée sur une étagère près de la porte. « Les soleils des indépendances » d'Ahmadou Kourouma. Un livre qu'elle avait lu adolescente à Dakar, dans la bibliothèque poussiéreuse de son oncle. Elle entra, paya les quelques euros demandés, et sortit avec le livre serré contre sa poitrine comme une amulette. Cette nuit-là, dans son studio exigu du 18e arrondissement, quelque chose se brisa. Ce n'était pas le livre lui-même, qu'elle connaissait presque par cœur, mais la manière dont les mots résonnaient dans ce nouvel espace. Le français de Kourouma, ce français « malinkisé » qui avait tant fait scandale à sa publication, devenait soudain une langue de résistance. Chaque tournure, chaque expression détournée de sa syntaxe originelle était un acte de réclamation. Amina
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