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Récits

Sunulife · dim. 31 mai 2026 · 2min de lecture

La dernière lettre de Fatou

La dernière lettre de Fatou

Le facteur avait frappé un mardi, ce qui était déjà étrange. Personne ne recevait de courrier ici, sauf des publicités et des relevés bancaires. Fatou Diallo, quatre-vingt-deux ans, ouvrit la porte avec méfiance. L'homme tenait une enveloppe jaunie, presque translucide à force d'avoir voyagé. « C'est pour vous, madame », dit-il avec un accent haïtien qu'elle reconnut comme celui de son propre exil. Elle remercia sans sourire et referma. Dans la cuisine, où le thé à la menthe refroidissait dans un verre, elle décacheta l'enveloppe. À l'intérieur, une feuille pliée en quatre, couverte d'une écriture fine et appliquée, celle d'un homme qui avait appris le français à l'école coranique, en cachette des marabouts. La date en haut de la page : 12 mars 1973. Fatou lut les premières lignes debout, puis s'assit lourdement. C'était lui. Amadou. Le pêcheur de Yoff qu'elle avait aimé à vingt ans, avant que son père ne la marie à un commerçant de la Médina, avant qu'elle ne traverse l'océan pour rejoindre un mari à New York, avant que la vie ne devienne une longue attente sans lettres. « Ma chère Fatou, écrivait-il, je t'ai cherchée partout. Ta sœur m'a dit que tu étais partie en Amérique. Je ne sais pas si cette lettre te trouvera. Mais je veux que tu saches que je n'ai jamais cessé de penser à toi. Le jour où tu es montée dans ce taxi, j'étais là, caché derrière le manguier du coin. J'ai vu ta robe bleue disparaître. J'ai voulu courir, mais mes pieds étaient cloués au sable. » Elle se so

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