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Récits

Sunulife · mer. 27 mai 2026 · 2min de lecture

Les silences de la rue Ndar

Les silences de la rue Ndar

À Saint-Louis du Sénégal, la rue Ndar ne mène nulle part. Elle se termine en impasse devant la porte bleue de Mame Diarra. Depuis trente ans, chaque soir, elle sort sa chaise en plastique blanc, la pose sur le seuil, et regarde le bout de la rue. Les voisins disent qu'elle attend son fils, Ousseynou, parti à Dakar un matin de 1992 pour chercher du travail et qui n'est jamais revenu. Personne ne sait ce qui s'est passé. La police n'a jamais enquêté. La famille a fini par accepter l'absence, mais Mame Diarra, non. Elle attend. Elle attend comme on prie : sans preuve, sans espoir peut-être, mais avec une constance qui défie le sens. Ce soir-là, la rue est plus silencieuse que d'habitude. Les enfants jouent au foot avec une balle dégonflée, leurs cris rebondissent contre les murs ocres. Une femme lave du linge dans une bassine, le bruit rythmique du frottement contre la planche. Mame Diarra est assise, les mains croisées sur ses genoux, le regard fixe. Son corps est une archive de l'attente : les épaules tombantes, les rides autour des yeux comme des chemins usés par le regard. Soudain, un garçon d'environ huit ans s'arrête devant elle. Il s'appelle Babacar, il habite trois maisons plus loin. Il la regarde longtemps, puis demande : « Tonton Ousseynou, il va revenir quand ? » La question tombe dans le silence comme une pierre dans l'eau. Les autres enfants s'arrêtent de jouer. La femme qui lavait le linge lève la tête. Mame Diarra ne répond pas. Elle regarde Babacar, et ses yeux s

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