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Récits

Sunulife · ven. 29 mai 2026 · 2min de lecture

Le silence des manguiers

Le silence des manguiers

Le soleil de midi écrase Ouidah. Les vagues du Golfe de Guinée viennent mourir sur le sable blanc, là où jadis des chaînes rouillées scellaient le destin de millions d'âmes. Sous un manguier dont les branches ploient sous le poids des fruits, une femme est assise. Elle s'appelle Maman Kossiwa, mais personne ne se souvient plus de son nom. Pour les enfants du quartier, elle est la « folle du manguier ». Pour les adultes, un fantôme qui hante le bord de la route. Elle porte un pagne en wax aux motifs effacés par les saisons, un foulard blanc noué sur le front. Ses mains, osseuses et calleuses, reposent sur ses genoux comme deux oiseaux fatigués. Elle ne parle jamais. Elle regarde l'horizon, là où la mer rencontre le ciel, là où les bateaux disparaissent. Chaque matin, elle quitte sa case en tôle et parcourt les deux kilomètres qui la séparent de l'arbre. Elle s'assoit à la même place, le dos droit, les yeux fixes. Les vendeuses de poisson, à l'ombre des parasols déchirés, haussent les épaules. « Elle attend son mari, chuchotent-elles. Il est parti en mer il y a quarante ans. » Mais ce n'est pas tout à fait cela. L'histoire de Maman Kossiwa commence bien avant sa naissance, dans les entrailles d'un navire négrier. Son arrière-grand-mère, Adjoa, avait été arrachée au royaume d'Abomey, enchaînée dans la cale du « Soleil de Gloire », un trois-mâts français. Mais la légende dit qu'à l'instant de franchir la porte du non-retour, Adjoa avait planté un noyau de mangue dans le sable. «

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