La déchirure: une histoire de silence, de sacrifice et des cicatrices que les femmes portent seules
Aita, une jeune Sénégalaise, subit un avortement clandestin qui la rend stérile, un secret qu'elle cache pendant des années. Après un mariage en France, l'impossibilité d'avoir des enfants fait éclater son mensonge. L'histoire révèle le poids du silence imposé aux femmes dans une société exigeante.

« L’eau chaude n’a jamais oublié qu’elle a été froide. » — Proverbe sénégalais Le Verdict L’enveloppe était encore tiède entre ses mains quand le monde s’est effondré. Aita Doucouré se tenait dans le couloir stérile du cabinet de sa gynécologue, trente et un ans, manager informatique accomplie, épouse depuis huit ans, et elle lisait, pour ce qu’elle savait déjà être la dernière fois, les résultats d’un énième test de fertilité. Les mots dansaient devant ses yeux. Trompes bouchées. Conséquence probable d’une ancienne infection. Pronostic : la conception naturelle n’est plus envisageable. Elle broya l’enveloppe. Elle la broya comme on broie quelque chose quand il ne reste plus rien à broyer en soi. Le papier se froissa dans son poing comme une feuille morte — et n’était-ce pas exactement ce qu’elle ressentait ? Une feuille morte, emportée dans un vent qu’elle ne pouvait contrôler, arrachée à la branche qui lui avait autrefois donné la vie. Stérile. Le mot détona dans son crâne. Stérile. Irrémédiablement. Sans ombre. Sans âme. Ses entrailles ne connaîtraient jamais le poids d’un enfant. Ses bras n’emmailloteraient jamais un nourrisson. Elle ne guiderait jamais une petite main sur une première page, n’entendrait jamais une voix l’appeler Maman de cette manière désespérée et totale que seuls les enfants connaissent. Les larmes qui vinrent n’étaient pas celles de l’instant. C’étaient huit années de larmes. Le résidu de chaque traitement échoué, chaque injection porteuse d’espoir, c
Selon vous, le véritable drame d’Aita réside-t-il dans son mensonge ou dans l’impossibilité sociale d’être une femme imparfaite ?
