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Récits

Sunulife · dim. 5 avr. 2026 · 2 min de lecture

Les années de sang, les mots de tendresse : le voyage d'Adedayo

Les années de sang, les mots de tendresse : le voyage d'Adedayo

L'appartement de Brooklyn est petit, mais la lumière y entre généreusement ce matin d'automne. Adedayo Agarau regarde par la fenêtre, les mains posées sur le clavier usé de son ordinateur portable. Sur l'écran, un poème s'ébauche, des mots qui tentent de saisir l'insaisissable : comment raconter les années de sang sans reproduire la violence ? Comment parler de la tendresse apprise dans l'horreur ? Il ferme les yeux un instant, et le bruit de Brooklyn s'efface. À sa place, les échos de Jos, cette ville du plateau central nigérian où il a grandi, où la terre est rouge comme la mémoire qu'il porte. Il avait douze ans quand tout a basculé. Un dimanche de 2001, alors qu'il revenait de l'église avec sa mère, les cris ont déchiré l'air tranquille de l'après-midi. Des hommes armés de machettes et de gourdins déferlaient dans leur quartier, visant les chrétiens. Sa mère l'a poussé dans une maison abandonnée, lui murmurant de ne pas faire de bruit, de ne pas pleurer. Caché derrière un vieux sac de riz, il a entendu les hurlements, les supplications, le silence soudain qui suivait chaque coup. Il est resté là pendant des heures, jusqu'à ce que la nuit tombe et que son oncle vienne le chercher. Sa mère n'était plus là. Personne ne savait où. Les années qui ont suivi ont été un long apprentissage du silence. Adedayo a été envoyé vivre chez des parents à Lagos, une ville bruyante qui étouffait ses souvenirs mais ne les effaçait pas. À l'école, il était l'enfant trop calme, celui qui regar