Récits
Sunulife · mar. 31 mars 2026 · 2 min de lecture
Les silences de Lagos

Il est trois heures du matin à Lagos, et la ville a changé de peau. Les klaxons stridents qui déchiraient le ciel depuis l'aube se sont tus, remplacés par le bourdonnement lointain des générateurs et le clapotis de l'eau contre les pilotis de Makoko. Sur le Third Mainland Bridge, vide comme une artère après une hémorragie, Adesuwa conduit sa vieille Toyota Corolla vers l'est, les phares découpant des ombres fuyantes sur la chaussée encore chaude de la journée. Elle n'a pas dormi depuis trente-six heures. Dans son sac, un manuscrit qu'elle porte comme un enfant malade, les pages couvertes d'une écriture serrée qui raconte l'histoire d'une femme qui apprend à écouter les silences. Adesuwa est écrivaine. Pas encore célèbre, pas encore lue au-delà du cercle étroit des revues littéraires de Yaba. Mais elle écrit comme on respire, avec cette urgence propre à ceux qui ont grandi dans une ville qui parle trop fort pour entendre les murmures. Son dernier roman, « Les Heures creuses », explore ces interstices du temps lagotien où la vie bascule, où les masques tombent, où les rêves prennent forme dans l'entre-deux de l'insomnie et de l'aube. Elle s'inspire des nuits passées à errer dans les rues de Surulere, à observer les vendeurs de suya qui alimentent leurs braises sous les étoiles, les gardiens de nuit qui jouent aux dames sur des cartons déployés, les femmes qui prient dans les églises pentecôtistes dont les vitres vibrent jusqu'à l'aurore. Ce soir, elle cherche Kola. Son ami, son
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