Récits
Sunulife · lun. 27 avr. 2026 · 2 min de lecture
Le dernier sourire de Fatou

Le soleil déclinait sur la Médina, jetant des ombres longues et bleutées entre les murs ocres. Fatou Diop, quatre-vingt-trois ans, s'assit sur son tabouret bas, face à la cour intérieure. Devant elle, un bol en terre cuite contenait les dernières tomates de la saison. Elle les coupa en quartiers, lentement, comme on effleure un passé. Autour d'elle, la vie continuait. Les enfants du voisin jouaient au foot avec une balle dégonflée. Les femmes rentraient du marché, leurs pagne noués haut sur la hanche. Mais Fatou n'était plus tout à fait là. Elle était ailleurs, dans un temps que seule sa mémoire habitait encore. Elle se souvint de son mariage, en 1958. Elle avait seize ans, lui trente-deux. Il était commerçant, parti à Marseille pour vendre des arachides. Quand il revenait, il sentait l'huile de moteur et le tabac blond. Il lui rapportait des foulards en soie et des histoires d'un monde qu'elle ne verrait jamais. Elle avait appris à l'aimer sans le comprendre, comme on aime un fleuve qui emporte tout. Ses doigts s'arrêtèrent sur une tomate. Elle la souleva, la tourna vers la lumière. Elle était parfaite, ronde, rouge comme un cœur battant. Elle pensa à sa fille, Aïda, partie à Paris pour étudier. Aïda ne revenait plus que pour les enterrements. La dernière fois, c'était pour le sien, celui de son père. Elle était restée trois jours, le temps de régler les papiers, puis elle était repartie. Fatou avait compris que les enfants ne sont jamais vraiment à nous ; ils sont des oisea
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