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Récits

Sunulife · jeu. 9 avr. 2026 · 2 min de lecture

Les poèmes que je n'ai jamais compris : une traversée nocturne de l'oubli et de la mémoire

Les poèmes que je n'ai jamais compris : une traversée nocturne de l'oubli et de la mémoire

La nuit à Lagos n'est pas une absence, mais une présence. Elle s'installe lentement, comme une encre épaisse qui noie les contours, transformant les avenues en couloirs de mémoire flottante. C'est dans cette pénombre vibrante que Kofi marche, les mains enfoncées dans les poches de son manteau léger, les yeux fixés sur un point au-delà de l'horizon visible. Il porte avec lui un carnet usé, dont les pages jaunies contiennent les fragments de poèmes qu'il n'a jamais compris – ni ceux qu'il a écrits dans sa jeunesse à Accra, ni ceux que la vie a inscrits sur sa peau depuis. Il y a vingt ans, Kofi était un jeune poète prometteur dans les cercles littéraires de Ghana. Ses vers, pleins de l'ardeur de ceux qui croient pouvoir capturer l'essence d'un continent dans des métaphores, étaient lus lors de soirées où l'air sentait le gin local et les espoirs démesurés. Puis est venu l'exil – non pas celui des frontières géographiques, mais celui de l'oubli. Un matin, il s'est réveillé incapable de se souvenir des derniers vers qu'il avait composés. Les mots s'étaient évaporés, laissant derrière eux seulement l'écho de leur musique perdue. Aujourd'hui, à quarante-cinq ans, Kofi est devenu ce que les médecins appellent un "nightist" – quelqu'un pour qui la nuit n'est pas le temps du repos, mais celui de la recherche. Chaque soir, il arpente les rues de Lagos, cette ville qui ne dort jamais vraiment, à la recherche non pas de ses poèmes perdus, mais de la sensation qu'ils provoquaient en lui.