Récits
Sunulife · mar. 28 avr. 2026 · 2 min de lecture
Les fantômes de Lagos : une histoire d'amour, de poésie et de colère

Le jour où Funmilayo emménage dans l'appartement du troisième étage à Ikoyi, elle ne sait pas encore que les murs ont une mémoire. La lagune, par la fenêtre, est une plaque d'argent liquide sous le soleil de midi. Elle pose ses cartons, deux valises, une machine à écrire Olivetti achetée chez un brocanteur à Yaba. Le propriétaire, un vieux monsieur aux doigts jaunis par le tabac, lui a dit : « La dernière locataire était une poétesse, comme vous. Elle est morte ici. » Funmilayo a haussé les épaules. À Lagos, les morts sont partout, dans les embouteillages, dans les marchés, dans les rires des enfants. On ne leur fait pas de place. Mais la première nuit, elle les entend. Pas des pas, non. Un froissement de papier, comme si quelqu'un feuilletait un livre dans la pièce voisine. Elle allume la lumière. Rien. Le lendemain, en déplaçant l'armoire, elle trouve une boîte en fer rouillée. À l'intérieur, des lettres, une vingtaine, jaunies, serrées dans une enveloppe kraft. L'écriture est fine, nerveuse, presque illisible. Funmilayo s'assoit par terre, le dos contre le mur, et commence à lire. Les lettres racontent une histoire. Une femme, Adaeze, aime un homme qu'elle ne peut pas avoir. Il est marié, puissant, peut-être un politicien. Les lettres sont datées des années 1990, l'époque de la dictature, quand Lagos étouffait sous le couvre-feu et la peur. Adaeze écrit depuis cette même chambre. Elle décrit la lagune comme un miroir brisé, les bateaux qui glissent sans bruit, les nuits sa
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