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Récits

Sunulife · lun. 7 sept. 2026 · 2 min de lecture

Le dernier trajet de Moussa

Le dernier trajet de Moussa

Le jaune de son taxi s'écaillait comme une peau de serpent, révélant des couches de rouille et de souvenirs. Moussa conduisait la même Mercedes 240D depuis 1987, année où il avait quitté sa Casamance natale avec, pour tout bagage, une photo de sa mère et un rêve d'enfant : devenir chauffeur. À Dakar, les taxis ne sont pas de simples véhicules, ce sont des confesseurs sur roues, des archives ambulantes de la ville. Et Moussa, lui, était un prêtre de l'asphalte. Il connaissait chaque nid-de-poule de la Médina, chaque raccourci vers la Corniche, chaque endroit où le soleil se couche de la plus belle façon sur l'océan. Mais ce qu'il connaissait surtout, c'était les gens. Il y avait cette dame, chaque mardi, qui demandait à passer devant l'ancienne boulangerie de son père, fermée depuis vingt ans. Il y avait ce jeune homme qui montait à l'arrière avec une valise trop grande pour sa vie, et qui, en descendant, laissait toujours un peu de son espoir sur la banquette. Moussa ne disait rien. Il roulait. Il écoutait. Il comprenait que parfois, la plus grande des charités est de ne pas poser de questions. Mais ce matin-là, un mardi comme les autres, Moussa avait un passager spécial. Il avait reçu un appel la veille au soir : « Moussa, c'est moi, Jean. Je suis à l'aéroport. Je viens pour... pour la cérémonie. » La voix était rauque, fatiguée. Moussa avait répondu : « Je serai là, mon frère. » Jean était son meilleur ami d'enfance, celui avec qui il avait partagé les mangues volées, les b