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Récits

Sunulife · sam. 29 août 2026 · 2 min de lecture

Le silence des percussions

Le silence des percussions

Le soleil de Lagos, ce matin-là, était un disque d'or posé sur l'horizon, comme s'il hésitait à se lever. Adaeze, adossée à la véranda de la maison familiale, regardait son père, assis sous le manguier, les yeux fermés, les mains posées sur ses cuisses comme sur un tambour invisible. Il ne l'entendait pas approcher, mais il la sentait. Il avait toujours eu ce don, même avant que le monde ne devienne muet pour lui. Son père, Adebayo, avait été l'un des plus grands batteurs de sa génération. Les gens venaient de loin pour l'écouter, pour voir ses mains danser sur le peau de chèvre, pour sentir la terre trembler sous ses frappes. Il jouait pour les naissances, les mariages, les funérailles. Il jouait pour les dieux et pour les hommes. Il jouait comme on prie, comme on respire. Adaeze avait grandi dans cette maison, bercée par les rythmes qui s'échappaient de la pièce du fond, là où son père s'enfermait pour répéter. Elle se souvenait des nuits où elle s'endormait au son des dunduns et des talking drums, des matins où elle se réveillait avec la cadence du gangan dans la tête. La musique n'était pas un bruit de fond, c'était le sang de la maison. Puis, il y a eu l'accident. Une chute, une infection mal soignée, une visite à l'hôpital qui avait duré trop longtemps. Quand il était rentré, il avait souri, mais ses yeux étaient ailleurs. Il avait posé ses mains sur les épaules de sa femme, avait ouvert la bouche, mais aucun son n'était sorti. Le monde s'était tu pour lui, d'un coup, c