Récits
Sunulife · jeu. 8 oct. 2026 · 2 min de lecture
Les mains de la nuit

La pluie tombait sur Yaba comme une confession mal retenue. Ce soir-là, Adaeze rangeait les rayons de la petite librairie de son oncle, un lieu étroit coincé entre un salon de coiffure et un atelier de couture, où l'odeur du papier jauni se mêlait à celle du riz frit du kiosque voisin. Elle avait vingt-six ans, deux manuscrits rejetés dans un tiroir, et une amie, Ifeoma, qui croyait en elle avec une obstination que personne d'autre n'osait imiter. Elles s'étaient rencontrées à l'université de Lagos, deux filles de la même ville mais de deux mondes différents — Adaeze, l'orpheline élevée par un oncle libraire ; Ifeoma, la fille d'un pasteur de Surulere, dont le rire pouvait remplir une salle entière. Elles partageaient un rêve : écrire des histoires qui ressembleraient à leur pays, pas à ce que les étrangers voulaient y voir. « Un jour, on aura notre propre maison d'édition », disait Ifeoma, et Adaeze souriait, parce qu'elle savait que ce serait vrai. Mais la vie, à Lagos, ne se plie pas aux plans des jeunes filles. Ifeoma tomba malade un mardi de novembre. D'abord une fatigue, puis une fièvre qui refusait de partir, puis les hôpitaux, les files d'attente, les médecins pressés. Adaeze passa des nuits blanches dans les couloirs du Lagos University Teaching Hospital, à écrire sur un carnet à spirale des choses qu'elle n'osait pas dire à voix haute. Elle écrivait la peur, la colère, l'impuissance. Elle écrivait aussi les souvenirs : la première fois qu'elles avaient vu la mer à T