Récits
Sunulife · lun. 15 juin 2026 · 2 min de lecture
Les silences de la mangrove

La poussière danse dans les rais de lumière qui percent les persiennes. C'est une lumière de fin d'après-midi, dorée et lourde, comme le miel qui coule lentement. Assise en tailleur sur le carrelage frais, Yasmine tient entre ses mains une bobine de bande magnétique. Le ruban brun, fragile, menace de se dérouler. Elle le dépose avec précaution sur le lecteur Revox, celui que son père appelait « la machine à remonter le temps ». Son père, Étienne Ngo Mbarga, avait été l'un des premiers ingénieurs du son du Cameroun indépendant. Il avait enregistré des discours, des chants, des prières, des disputes de marché. Il avait capté la voix d'Ahmadou Ahidjo, les complaintes des tirailleurs, les rires des femmes au lavoir. Dans les années 70 et 80, il sillonnait le pays avec son magnétophone Nagra, une valise de cuir noir qui contenait l'âme d'une nation en construction. Yasmine n'avait jamais vraiment écouté ces bandes. Après la mort de son père, en 1995, sa mère les avait rangées dans des cartons, sous le lit. Puis la mère était partie, elle aussi, emportant avec elle les derniers échos d'une époque révolue. La maison était restée là, à Douala, dans le quartier de Bonanjo, avec ses meubles en acajou, ses napperons au crochet, et ces cartons qui prenaient la poussière. Mais aujourd'hui, Yasmine est revenue. Pour vider la maison, dit-elle. Pour vendre, peut-être. Mais elle sait, au fond d'elle, qu'elle est venue pour écouter. Elle appuie sur le bouton « play ». Un grésillement. Puis une





