Récits
Sunulife · mer. 17 juin 2026 · 2 min de lecture
La dernière batteuse de Koulikoro

Le soleil n'a pas encore franchi la ligne des toits de tôle que déjà, le pilon de Maman Bintou frappe le mortier. C'est un son sec, régulier, presque métallique, qui résonne dans la fraîcheur de l'aube à Koulikoro. Les coqs n'ont pas fini de chanter, les premiers bus pour Bamako n'ont pas encore soulevé la poussière ocre de la piste, mais le pilon, lui, est déjà à l'œuvre. Tous les matins, depuis soixante-dix ans, Maman Bintou bat le mil. Elle bat le mil pour le petit-déjeuner de ses petits-enfants, pour la bouillie des voisins, pour les cérémonies de baptême et les mariages. Elle bat le mil pour que le village ne meure pas de faim, mais aussi pour que le village n'oublie pas qui il est. À quatre-vingt-deux ans, ses épaules sont encore larges, ses bras noueux comme des racines de fromager. Quand elle lève le pilon, on dirait qu'elle salue le ciel. Quand elle le laisse retomber, on dirait qu'elle enfonce un clou dans la terre. Le geste est parfait, économique, sans une once de gaspillage. La poussière de mil s'élève en un nuage doré qui se mêle aux premières lueurs du jour. Elle chante, parfois, une vieille chanson en bambara que personne d'autre ne connaît plus. Les paroles parlent d'une fille partie à la ville et qui n'est jamais revenue. Les jeunes du village passent avec leurs téléphones portables, les écouteurs vissés aux oreilles, et ils ne l'entendent pas. Il fut un temps où tout le village battait le mil en chœur. Les femmes se réunissaient sous le grand baobab, et leu





