Récits
Sunulife · ven. 12 juin 2026 · 2 min de lecture
Les silences de la lagune

La pirogue glissait sur l'eau huileuse de la lagune, et Yemisi sentait le poids du silence s'épaissir autour d'elle. Elle n'était pas revenue depuis seize ans. Seize années à New York, à Brooklyn exactement, dans un appartement de Prospect Heights où elle avait appris à ne plus entendre le chant des bateliers, à ne plus voir la lumière dorée se briser sur les toits de tôle. Mais ce matin-là, alors que le soleil montait derrière les buildings de l'île Victoria, la lagune lui rendait son histoire, une bouffée à la fois. Le piroguier, un vieil homme au visage labouré par les saisons, ne parlait pas. Il conduisait l'embarcation d'une main sûre, évitant les îlots d'hyacinthe et les épaves rouillées qui pointaient comme des os. Yemisi se souvenait d'un temps où ces eaux étaient des routes, des veines ouvertes dans le corps de la ville. Aujourd'hui, elles étaient devenues des plaies, des dépotoirs, des miroirs brisés où se reflétait le désordre du monde. Mais quelque chose, au fond, résistait. Un battement. Un pouls. Elle avait appris la nouvelle par un message de sa sœur cadette, Funmi, qui vivait encore à Makoko, dans la partie flottante du quartier. « Maman est partie. Il faut que tu viennes. » Pas de détails, pas de cérémonie. Juste cette phrase, comme un coup de couteau dans l'eau. Yemisi avait pris l'avion le soir même, laissant derrière elle un travail de consultante, un fiancé américain qui ne comprenait pas pourquoi elle pleurait une femme qu'elle avait fuie. « Tu ne parles





