Aller au contenu principal
Publicité
Récits

Sunulife · sam. 23 mai 2026 · 2min de lecture

Le dernier mot de Mama Kéïta

Le dernier mot de Mama Kéïta

Le soleil couchant de Bamako peignait la rue en or et en rouille. Dans l'échoppe de Mama Kéïta, l'air était chargé de l'odeur du riz au gras et du poisson séché. Elle était là, comme chaque soir depuis quarante ans, penchée sur son grand faitout en aluminium. Ses mains, crevassées par le temps et le travail, remuaient la sauce avec une lenteur précise, presque rituelle. Aujourd'hui, pourtant, quelque chose était différent. Mama Kéïta avait décidé que ce serait son dernier jour. Elle ne l'avait dit à personne. Pas à son fils, qui passait la prendre chaque soir pour la ramener chez elle. Pas à sa petite-fille, qui l'aidait parfois après l'école. C'était un secret qu'elle portait comme un talisman, lourd et précieux. Elle se souvenait de son premier jour ici, en 1984. La ville était plus petite, plus calme. Elle arrivait de son village, fuyant un mari violent, avec pour tout bagage une marmite et une poignée d'épices. Les premiers clients étaient des chauffeurs de taxi, des ouvriers du chantier voisin. Ils venaient pour le riz, mais ils restaient pour ses histoires. Car Mama Kéïta ne se contentait pas de nourrir les corps. Elle soignait les âmes. Au fil des années, l'échoppe était devenue un lieu de pèlerinage pour ceux qui cherchaient une parole vraie. Les commerçants, les fonctionnaires, les étudiants, les artistes. Tous venaient s'asseoir sur les tabourets bancals, sous le toit de tôle ondulée, pour écouter Mama Kéïta raconter le monde. Elle parlait de l'empire du Mali, de So

Publicité
Publicité