Récits
Sunulife · lun. 25 mai 2026 · 2 min de lecture
Les racines du silence

La poussière dansait dans la lumière de l'après-midi, suspendue entre le soleil et l'ombre. Assise sur le lit de sa mère, Aïda tenait une boîte en fer rouillé, fermée par un ruban défait. Elle l'avait trouvée au fond du placard, cachée sous des draps en coton qui sentaient encore la lessive au savon noir. À l'intérieur, des lettres. Des dizaines de lettres, pliées soigneusement, jamais envoyées. L'encre avait pâli sur le papier jauni, mais l'écriture restait ferme, presque obstinée. Aïda reconnut la main de sa mère, cette calligraphie appliquée qu'elle lui avait toujours enviée. Elle ouvrit la première lettre, et le temps s'arrêta. Sa mère, Fatou, était une femme de peu de mots. Toute son enfance, Aïda avait vécu dans le silence de sa mère. Un silence doux, pas méchant, mais qui enveloppait les choses, les rendait lointaines. Quand Aïda demandait pourquoi son père était parti, Fatou baissait les yeux et changeait de sujet. Quand Aïda pleurait sans raison, Fatou la prenait dans ses bras sans rien dire. Ce silence était une couverture, un bouclier. Mais dans cette boîte, le silence se brisait. Les lettres étaient adressées à une femme nommée Khadidiatou, à Saint-Louis. Aïda ne connaissait pas ce nom. Sa mère n'avait jamais parlé d'une amie, d'une sœur, d'une cousine. La première lettre datait de 1987, l'année de la naissance d'Aïda. Fatou écrivait : "Ma chère Khadidiatou, je ne sais pas si tu liras ces mots. Je ne sais même pas si tu es encore en vie. Mais j'ai besoin de te dir
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