Aller au contenu principal
Publicité
Récits

Sunulife · mer. 13 mai 2026 · 2min de lecture

Les mains qui racontent

Les mains qui racontent

Le soleil de Ouagadougou frappe les tôles de l’atelier comme un forgeron sur l’enclume. À l’intérieur, la poussière danse dans les rais de lumière, suspendue, presque sacrée. Assis sur un tabouret bas, les jambes écartées, le torse nu luisant de sueur, Adama Sawadogo tient un morceau d’ébène entre ses cuisses. Ses mains ne tremblent pas. Elles n’ont jamais tremblé, même quand la fièvre le prenait, même quand sa femme est partie, même quand les commandes se sont taries. Ses mains savent. Elles savent où le bois veut être creusé, où il veut garder sa force, où il veut pleurer une veine plus claire. Il y a quarante ans, Adama était le plus jeune lauréat du Grand Prix National des Arts. On l’appelait « le sculpteur qui parle aux ancêtres ». Ses masques ornaient les ambassades, les hôtels de luxe, les collections privées d’Européens qui ne comprenaient pas ce qu’ils achetaient. Ils voyaient l’art, pas la prière. Ils voyaient la courbe, pas le sacrifice. Aujourd’hui, personne ne vient plus. Le goût a changé. Les jeunes veulent des impressions 3D, des installations vidéo, des œuvres qui crient. Les siennes murmurent. Mais Adama continue. Chaque matin, il marche du quartier de Dassasgho jusqu’à son atelier, une boîte en tôle de trois mètres sur quatre, où il s’enferme jusqu’au crépuscule. Il sculpte des masques qu’il ne vend pas, qu’il n’expose pas, qu’il empile dans un coin, face au mur, comme des âmes en attente. Parfois, un voisin passe la tête : « Tu ne les montres jamais, à quoi

Publicité
Publicité