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Récits

Sunulife · sam. 25 juil. 2026 · 2min de lecture

Les murmures de la langue : quand le kiswahili réinvente la littérature africaine

Les murmures de la langue : quand le kiswahili réinvente la littérature africaine

Le crépuscule tombe sur Dar es Salaam, et la chaleur du jour s'évapore lentement dans les ruelles poussiéreuses de Kariakoo. Dans une cour intérieure, à la lueur vacillante d'une lampe à pétrole, Aisha, vingt-sept ans, récite. Sa voix, d'abord hésitante, s'élève peu à peu, portée par le rythme ancestral du kiswahili. Elle dit l'amour perdu, la mer qui sépare, le rire d'un enfant. Autour d'elle, une douzaine de visages, suspendus à ses lèvres, boivent chaque syllabe. Ce soir, elle n'est pas seule. Ce soir, elle est le maillon d'une chaîne qui remonte à des siècles, celle des conteurs de la côte swahili. Mais Aisha ne raconte pas des histoires anciennes. Elle parle de Zanzibar, de ses rues étroites où les fantômes des marchands d'esclaves rôdent encore. Elle parle de sa mère, qui cousait des robes de mariée dans une boutique sans fenêtre. Elle parle de l'exil intérieur, de la honte d'oublier sa langue maternelle dans les écoles coloniales. À quelques kilomètres de là, dans une salle climatisée de l'hôtel Serena, un jury délibère. C'est la dixième édition du Safal Kiswahili Prize for African Literature, un prix qui, en une décennie, a transformé le paysage littéraire de l'Afrique de l'Est. Le kiswahili, parlé par plus de cent millions de personnes, longtemps relégué au rang de langue vernaculaire, s'impose aujourd'hui comme une langue de création, d'ambition et de reconnaissance internationale. Le prix a révélé des romanciers, des poètes, des dramaturges. Il a fait émerger une g

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