Récits
Sunulife · dim. 31 mai 2026 · 2 min de lecture
Les silences de Kigali

Kigali, à l’heure où la brume se retire des collines, ressemble à une cicatrice bien refermée. Les rues sont propres, les trottoirs ordonnés, les sourires des passants presque trop parfaits. C’est une ville qui a appris à marcher droit, à regarder devant elle, à ne pas s’attarder sur les ombres qui dansent encore au coin des yeux. Mais il y a des silences que même la plus belle des capitales ne peut combler. Angélique tient une petite boutique de tissus dans le quartier de Kimihurura. Chaque jour, elle déplie des pagnes aux motifs solaires, aux couleurs de mangue mûre et de terre après la pluie. Ses doigts caressent le coton comme on touche une mémoire. Elle connaît le poids de chaque étoffe, le secret de chaque teinture. Mais ce qu’elle connaît le mieux, c’est le poids des mots qu’on n’a pas dits. Il y a trente ans, Angélique avait vingt ans. Elle habitait à Nyamirambo, dans une maison où le café était toujours chaud et les voisins toujours là. Elle se souvient des matins où les oiseaux chantaient plus fort que les rumeurs. Puis les rumeurs ont grandi, ont pris la forme de machettes et de listes. Elle se souvient du jour où son ami Emmanuel, qui lui apportait des mangues de son jardin, a cessé de venir. Elle ne l’a jamais revu. Elle n’a jamais su où il était allé, ni comment il était mort. Elle n’a jamais posé la question. Aujourd’hui, le Rwanda a construit des mémoriaux, des tribunaux, des cérémonies de réconciliation. Les voisins qui se sont haïs partagent à nouveau le mêm
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