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Perspectives

Ly-Tall Aoua Bocar · jeu. 26 déc. 2024 · 5min de lecture

Cheikh Oumar Diagne : une trahison à l’encontre de la mémoire et de l’histoire

Cheikh Oumar Diagne : une trahison à l’encontre de la mémoire et de l’histoire
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Très souvent, lorsque Monsieur Cheikh Oumar Diagne prend la parole, il en résulte des propos intempestifs, peu réfléchis et infondés, suscitant indignation, tristesse et colère. « Parlez de moi en bien ou parlez de moi en mal, mais PARLEZ DE MOI » semble être la devise de Monsieur Diagne. Il vient encore d’atteindre cet objectif ce 24 décembre 2024, en affirmant : « Les tirailleurs sénégalais sont des traîtres. » Voici une déclaration fondée sur une totale ignorance du contexte historique de la participation de ces combattants africains à la libération de la France du nazisme. Ces soldats, dénommés tirailleurs sénégalais, ne venaient pas exclusivement du Sénégal, mais de dix-sept (17) pays d’Afrique subsaharienne, sans oublier ceux provenant des pays frères d’Afrique du Nord. Rappelons par ailleurs que ce massacre des anciens combattants africains s’étant battus contre l’Allemagne nazie a également eu lieu en Algérie, dans la ville de Sétif, le 8 mai 1945. Monsieur Oumar Diagne semble ignorer que le recrutement de ces Africains s’effectuait dans un contexte de domination coloniale où les colonisés n’avaient pas leur mot à dire sur les décisions du colonisateur. Comme l’a récemment rappelé l’historien Maodo Ba, lui-même petit-fils d’un tirailleur sénégalais : « ... les non-conscrits étaient des indigènes recrutés de force dans les colonies de l’AOF et de l’AEF durant la Première comme la Seconde Guerre mondiale. » Pire encore, il précise : « Des villages entiers ont été rayés, surtout en AOF, pour contraindre les indigènes réfractaires à se mobiliser dans l’armée française. » (Cf. : DakarMatin / Matar Cissé, 24/12/2024). Ainsi, les recrues n’avaient pas le choix de partir au combat ou non. C’est face à l’enlisement et aux immenses pertes de l’armée française, notamment lors de la bataille de la Marne en 1914, que la France s’est tournée vers son empire colonial. Elle s’est alors lancée, parfois avec violence, dans des opérations de recrutement en Afrique, aussi bien de l’Ouest que du Nord. Il est donc fondamentalement faux d’affirmer, comme le fait Monsieur Oumar Diagne, que les tirailleurs sénégalais se battaient pour de l’argent. Dans son ignorance, il les assimile à des mercenaires, alors que ces derniers négocient à l’avance leurs services et leurs rémunérations. Quant aux soldats africains, ils ne savaient ni ce qui les attendait en France, ni s’ils seraient payés à l’issue de leur participation à cette guerre des Blancs. Ce n’est qu’au moment de la démobilisation, en voyant leurs collègues français percevoir des primes de guerre, qu’ils ont réclamé leur part, car ils avaient combattu ensemble sur les mêmes champs de bataille, enduré les mêmes souffrances, résisté de la même manière, et contribué, ensemble, à la victoire pour la libération de la France. D’ailleurs, de nombreux soldats français et citoyens des villes libérées par l’armée africaine ont soutenu et soutiennent encore les revendications de ces vaillants combattants africains. Il est important de souligner qu’ils n’étaient pas non plus intellectuellement démunis : ils avaient beaucoup appris des us et coutumes des Occidentaux et y faisaient face avec intelligence. En outre, les affirmations de Monsieur Diagne constituent une offense, non seulement à la mémoire des tirailleurs sénégalais et de leurs descendants, mais aussi à toutes les générations d’Africains engagées dans la lutte contre l’oubli du massacre de Thiaroye 1944, et dans la quête de justice pour ces héros. Par ses propos, Monsieur Diagne insulte également l’intelligence de générations de poètes, cinéastes, écrivains, artistes, historiens et autorités politiques qui se sont battus avec force et détermination pour défendre la cause des tirailleurs sénégalais, qu’il qualifie de traîtres. Il s’érige en unique détenteur d’une vérité selon laquelle ces tirailleurs, pour qui tant de gens ont œuvré afin de faire reconnaître leur massacre et d’obtenir réparation, seraient des traîtres. Ces propos offensants, prononcés au lendemain de la brillante commémoration du 80ᵉ anniversaire du massacre de Thiaroye, organisée par l’État du Sénégal en présence d’invités de marque, de la diaspora africaine en Europe et en Amérique, ainsi que de la participation massive du peuple sénégalais, relèvent de la plus haute gravité. Ils constituent un acte de trahison. En agissant ainsi, Monsieur Diagne sape tous les efforts et énergies intellectuelles et matérielles mobilisées pour rendre hommage aux tirailleurs sénégalais. Cette trahison est d’abord vis-à-vis de son employeur, le chef de l’État du Sénégal. Il est légitime de se demander, entre les tirailleurs sénégalais et Monsieur Oumar Diagne, qui est véritablement le traître. C’est d’autant plus dommageable que cette trahison émane d’un homme occupant une position élevée à la présidence de la République du Sénégal, dirigée par un leader qui, à 44 ans, a su, de concert avec son Premier ministre, exiger que le président de la France reconnaisse : « Ce n’est pas à vous de déterminer unilatéralement le nombre de tirailleurs morts pour la France. » Ensemble, ils ont orchestré avec brio, en cette année 2024, la commémoration du massacre de Thiaroye 1944. Il est grand temps de mettre fin aux multiples écarts de Monsieur Diagne, particulièrement en sa qualité de membre de l’État sénégalais. Par ses propos, il vient d’humilier le Sénégal et d’ôter à ses dirigeants et à son peuple la joie et la fierté qu’ils avaient ressenties lors de cette magnifique commémoration, qui a conduit le président de la France à reconnaître enfin : « Oui, à Thiaroye 1944, c’était un massacre. » Que les descendants des tirailleurs sénégalais, blessés par les propos offensants de ce ministre conseiller de la République du Sénégal, reçoivent ici toute ma solidarité.