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Perspectives

SenePlus · mer. 27 mai 2026 · 3min de lecture

Continuer Fanon ou le testament politique de Sonko

Continuer Fanon ou le testament politique de Sonko
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Le hasard du calendrier a valeur de symbole. Le 14 mai 2026, Ousmane Sonko publiait Continuer Fanon, un court ouvrage issu d'un discours prononcé en 2025, édité en version trilingue anglais-français-wolof aux éditions Déberlinisation Lab. Huit jours plus tard, il était limogé de la primature par le président Bassirou Diomaye Faye. Puis élu président de l'Assemblée nationale. Jules Crétois analyse ce texte politique dans Le Monde comme une feuille de route idéologique pour la suite.


Le livre s'ouvre sur une question centrale : "Comment achever ce que Frantz Fanon a commencé ?" En se réclamant du penseur anticolonial martiniquais, Sonko entend rappeler la teneur radicale de sa pensée à un moment où son opposition avec le président portait précisément sur l'ampleur des compromis acceptables dans l'exercice du pouvoir.


Une rupture avec le libéralisme


Ce texte marque un infléchissement dans la trajectoire intellectuelle de Sonko. Là où son best-seller Solutions. Pour un Sénégal nouveau de 2018 adoptait une approche technique et semblait ouvert au libéralisme économique, Continuer Fanon emprunte une langue résolument révolutionnaire. Il y reprend les thèses fanonistes sur le caractère "parasitaire" des bourgeoisies des pays décolonisés et dénonce le "modèle économique colonial" dans lequel le Sénégal serait enfermé.


Sans nommer le FMI, il dénonce les "pressions extérieures, les injonctions", affirmant que le Sénégal "ne serait pas gouverné depuis l'extérieur". La question du franc CFA y est également posée. "Des hommes nouveaux dans des institutions anciennes : Fanon savait que cela ne suffirait jamais", écrit-il.


Face au risque d'inertie, Sonko s'adresse à ses militants avec une formule cinglante : "La prudence excessive, l'attentisme ou la peur des représailles des marchés sont les autres noms de la résignation."


Le "sonkisme", une œuvre collective en construction


Pour Félix Atchadé, animateur de l'école de formation du Pastef, ce texte dit l'essentiel : "En se revendiquant de Frantz Fanon, Ousmane Sonko rappelle surtout que son premier combat, c'est le souverainisme." Une ligne qui englobe également son engagement contre l'homosexualité, principale réforme portée durant son mandat, présentée comme un combat anticolonial.


Le "sonkisme" dont parlent les commentateurs politiques tient davantage de la théorie évolutive que du dogme figé. Il se construit collectivement autour d'un entourage hétérogène mêlant jeunes technocrates et vieux militants marxistes et panafricains. Son voyage en Chine en 2025, selon des proches, l'aurait marqué par le modèle d'un État planificateur coexistant avec une économie de marché.


C'est surtout à la jeunesse du Pastef que Continuer Fanon s'adresse. Un membre de la direction du parti confie à Jules Crétois dans Le Monde que "le bouillonnement du Pastef, c'est un moyen de garder du souffle, et ça permet aussi au chef de peaufiner sa méthode, de trouver des idées." Le candidat déclaré à la présidentielle de 2029 trace sa route.