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Perspectives

Jean-Baptiste Placca · dim. 24 nov. 2024 · 3min de lecture

L’équation complexe du triomphe : les défis inattendus du Pastef après sa victoire écrasante

L’équation complexe du triomphe : les défis inattendus du Pastef après sa victoire écrasante
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La large victoire du Pastef lors des élections législatives du 17 novembre, faisant suite à celle remportée en mars à la présidentielle, pourrait paradoxalement se transformer en un énorme défi pour le tandem Bassirou Diomaye Faye - Ousmane Sonko. C'est ce qu'analyse Jean-Baptiste Placca dans son éditorial sur RFI, ce samedi 23 novembre 2024, où il décrit les contours d'une équation politique complexe à laquelle les nouveaux dirigeants de Dakar doivent faire face. Le plébiscite populaire, d'abord illustré par l'élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence avec plus de 54% des suffrages, puis confirmé par la large majorité obtenue lors des législatives, démontre une confiance inégalée. "Le peuple sénégalais souhaite confier son avenir à cette nouvelle équipe", affirme l'éditorialiste, ajoutant que "contrairement à ce que l'on constate dans de nombreuses autres démocraties, les électeurs n'ont pas utilisé leur bulletin de vote comme une arme pour se venger ou régler des comptes." Pourtant, cette confiance massive pourrait devenir un véritable piège. Jean-Baptiste Placca met en garde contre les attentes impératives de la base électorale du Pastef : "Il est possible que les partisans ne tolèrent pas longtemps les retards sous prétexte que le passif hérité du président Macky Sall soit trop lourd." Une situation rendue encore plus complexe par le fait que le parti au pouvoir a bâti son ascension sur la critique des "insuffisances, réelles ou supposées, du régime de Macky Sall." L'éditorialiste souligne un schéma politique récurrent dans l'histoire sénégalaise : "Abdoulaye Wade fut l'opposant d'Abdou Diouf lorsqu'il était en dehors du gouvernement. Abdoulaye Wade a également fait face à des dissidents provenant de son propre parti, le PDS, tels qu'Idrissa Seck ou Macky Sall [...] Ousmane Sonko a été pour Macky Sall ce que Wade était pour Diouf." Le risque d'une impopularité grandissante ne peut être ignoré, selon Jean-Baptiste Placca. "Une majorité à ce point écrasante à l'Assemblée nationale peut devenir une source d'inquiétude", prévient-il, particulièrement face à une population qui pourrait "s'énerver à force d'entendre les références aux difficultés laissées par le prédécesseur, constamment évoquées comme justification de la lenteur des réponses à leurs problèmes." Le défi est d'autant plus grand que le Pastef, "arrivé tardivement sur l'échiquier politique", a su éclipser les partis traditionnels en misant sur les frustrations populaires. Aujourd'hui, cette stratégie pourrait se retourner contre lui, le parti ne pouvant "décemment demander aux Sénégalais de modérer leurs attentes ou de se montrer raisonnables." L'éditorialiste prévient clairement : "À moins que le Sénégal ne devienne en quelques années le paradis terrestre dont certains rêvent, il n'est pas exclu qu'une opposition virulente émerge spontanément après la période de lune de miel." Un scénario qui pourrait amener Ousmane Sonko à "réfléchir aux insomnies qu'il causait jadis à Macky Sall."