Sunulife · lun. 4 mai 2026 · 3 min de lecture
Souveraineté monétaire : le Sénégal peut-il se libérer du franc CFA sans perdre le nord ?

Au Sénégal, le franc CFA est un fantôme qui hante nos comptes bancaires et nos imaginaires. Garanti par le Trésor français, arrimé à l'euro, il offre une stabilité monétaire que beaucoup envient — faible inflation, change fixe, crédibilité auprès des investisseurs. Mais à quel prix ? Depuis les indépendances, le pays piétine dans une économie extravertie, dépendante des importations de riz et de pétrole, incapable de créer les emplois qui sauveraient sa jeunesse du péril de l'émigration. Le débat sur la monnaie, longtemps confiné aux cercles d'économistes, a enfin gagné les médias et les réseaux sociaux. Il est temps de le prendre au sérieux. Deux visions s'affrontent, aussi anciennes que nos drapeaux. Les partisans du CFA vantent une souveraineté monétaire collective au sein de l'UEMOA, une stabilité qui rassure les capitaux étrangers et protège l'épargne. Les critiques, eux, y voent un carcan colonial qui empêche toute politique monétaire active. Sans contrôle sur le taux de change ni sur la masse monétaire, comment financer l'industrialisation, l'agro-industrie, la transformation de nos matières premières ? La BCEAO, banque centrale régionale, a pour mandat premier la stabilité des prix — pas l'emploi, pas la croissance. Le résultat ? Un déficit extérieur chronique de 10,5 % du PIB, un taux de couverture des importations par les exportations de 55 %, et des secteurs agricoles et industriels qui peinent à décoller. Les partisans du statu quo ont raison sur un point : sortir du CFA sans préparation serait une aventure périlleuse. Mais refuser d'en discuter est une résignation politique et intellectuelle que notre peuple ne mérite pas. L'échec du projet Eco, cette monnaie unique de la CEDEAO dont les critères de convergence calqués sur l'Union européenne se heurtent à la réalité d'économies hétérogènes et faiblement intégrées, montre que la solution régionale n'est pas pour demain. Alors, que faire ? Une monnaie nationale, gérée avec rigueur, offrirait trois leviers essentiels. D'abord, corriger l'asymétrie de change : le franc CFA, souvent surévalué pour une économie comme la nôtre, pénalise nos exportations d'arachide, de poisson, d'or, et favorise les importations. Un taux de change flexible, adapté aux fondamentaux — y compris aux nouvelles ressources pétrolières et gazières — permettrait de rétablir la compétitivité. Ensuite, adapter la politique monétaire aux priorités nationales : financer les PME, soutenir l'agriculture, créer des emplois. Enfin, coordonner la politique monétaire avec la stratégie de développement, comme le fait tout pays souverain digne de ce nom. Bien sûr, la transition doit être prudente. Il faudra bâtir des institutions solides, une banque centrale crédible, une discipline budgétaire irréprochable. Mais le statu quo est intenable. Le Programme de transformation du Sénégal à l'horizon 2050 ne pourra pas se réaliser sans une monnaie qui serve le développement, et non l'inverse. La question n'est plus de savoir si nous devons quitter le CFA, mais comment et quand. Le débat est ouvert. Il nous appartient d'y apporter des réponses à la hauteur de notre histoire et de nos ambitions.





