Déficit public au Sénégal : fardeau ou levier de développement ? (Ndongo Samba Sylla)
L'article de Ndongo Samba Sylla critique l'assimilation systématique du déficit public à une mauvaise gestion. Il explique que dans les pays en développement, un déficit peut être nécessaire pour les urgences sociales, et que les critères régionaux, inspirés de normes européennes, limitent cette flexibilité. Un déficit bien géré peut devenir un levier de développement.

La médiatisation exceptionnelle du rapport de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques du Sénégal entre 2019 et le premier trimestre 2024 a nourri des débats souvent partisans mais salutaires. Cependant, ceux-ci sont intervenus pour l’essentiel dans un cadre théorique problématique pour ne pas dire réducteur et totalement inapproprié. Ce qu’il convient ici de corriger. Car il faudrait éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. S’il est légitime de lutter contre la gabegie, la corruption, la non-transparence ainsi que l’inefficacité et l’inéquité de la dépense publique, il est en revanche contreproductif de considérer les déficits publics en tant que tels comme un signal de mauvaise gestion. Dans le cas des pays où les urgences sociales et économiques sont nombreuses, le déficit public est une situation normale et souhaitable. Les origines des critères plafonnant le déficit et la dette publics Le déficit public est la différence entre la dépense du gouvernement et ses revenus (fiscaux, non-fiscaux et aides extérieures). Sur le plan comptable, un déficit public implique que la dépense du gouvernement a été supérieure à ses revenus. La dette publique à un moment donné (en février 2025 par exemple) représente le cumul des déficits publics passés. Au Sénégal, comme ailleurs, un déficit public et une dette publique faibles relativement au PIB sont souvent interprétés comme des indicateurs de bonne santé financière et de qualité de la gestion du gouvernement. Ce po
