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Récits

Sunulife · ven. 26 juin 2026 · 2min de lecture

Les silences d'Abidjan

Les silences d'Abidjan

Le taxi ralentit devant la cour. Les murs sont les mêmes, mangés par la rouille et le temps, mais une nouvelle enseigne a poussé au-dessus du portail : « Clinique de l’Espoir ». Kofi reste assis, la main sur la poignée, le moteur du taxi encore vibrant sous lui. Il n’est pas venu depuis sept ans. Sept ans à construire une vie à Brooklyn, à se convaincre que le départ était une victoire. Mais ce matin, dans la lumière ocre d’Abidjan, il comprend que certaines routes ne vous mènent nulle part ailleurs qu’à votre commencement. Sa mère est allongée dans une chambre qui sent l’eau de Javel et les feuilles de moringa écrasées. Elle dort, ou fait semblant. Les infirmières vont et viennent en chuchotant. Kofi s’assoit sur la chaise en plastique blanc, celle qui grince dès qu’on bouge. Il regarde ses mains, posées sur le drap, des mains qui ont pétri le foutou, lavé des montagnes de linge, caressé sa tête quand il pleurait sans raison. Ces mains n’ont jamais tenu un livre, mais elles ont écrit son histoire dans chaque pli de la peau. Il se souvient du jour où il a annoncé son départ. Elle n’a pas pleuré. Elle a simplement tourné le dos et s’est mise à éplucher des ignames, le couteau frappant la pulpe blanche comme un métronome. Kofi avait alors interprété ce silence comme une indifférence. Il l’avait emportée avec lui à New York, cette colère muette, la logeant dans un coin de son ventre. Il l’avait nourrie de toutes les fois où le téléphone sonnait sans qu’elle ne décroche, où les l