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Récits

Sunulife · sam. 12 sept. 2026 · 2 min de lecture

La main qui écrit : quand le poète devient l'archive de son peuple

La main qui écrit : quand le poète devient l'archive de son peuple

Il y a, à Lagos, une ruelle que les cartes ignorent, mais que les poètes connaissent par cœur. Elle sent le pétrole lampant, le plantain grillé, et cette odeur de pluie imminente qui précède les orages de l’harmattan. C’est là, dans une cour ombragée par un manguier centenaire, que vit Tunde, un poète dont le nom ne figure pas encore dans les anthologies, mais dont les vers circulent de main en main, photocopiés, recopiés, appris par cœur. Tunde n’a pas de bureau. Il écrit sur une table en bois bancale, posée contre un mur où s’accumulent des piles de manuscrits. Ses outils sont modestes : un stylo à bille bleu, des cahiers d’écolier à couverture noire, et une lampe à huile qui vacille quand le vent s’engouffre sous la porte. Mais ses mots, eux, n’ont rien de modeste. Ils sont taillés dans la roche de l’histoire, polis par le fleuve des larmes, et incrustés d’or – l’or de l’espérance. Ce soir-là, Tunde relit un poème écrit la veille, après une visite à sa grand-mère, dans le village d’Oyo. Elle lui avait raconté, une fois de plus, l’histoire de son arrière-grand-père, un tisserand qui, pendant la colonisation, avait refusé de vendre ses plus beaux pagnes aux administrateurs britanniques. « Ces étoffes, avait-il dit, sont tissées avec les larmes de nos ancêtres. Elles ne sont pas à vendre. » Il avait été emprisonné, mais son geste était devenu une légende. Tunde, en écoutant sa grand-mère, avait compris que l’histoire n’est pas faite que de grands événements, mais de ces refus