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Perspectives

Henriette Niang Kandé · mer. 1 janv. 2025 · 4min de lecture

Sénégal 2024 : scène politique, entre suspense et renouveau

Sénégal 2024 : scène politique, entre suspense et renouveau
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Si l’année 2024 était une pièce de théâtre, le Sénégal aurait été sa scène principale, avec des acteurs politiques rivalisant d’ingéniosité pour voler la vedette. Entre les rebondissements électoraux, les discours enflammés et les coups de théâtre, cette année aura réussi à faire rire, pleurer, se révolter ou grincer des dents les spectateurs que sont les citoyens.

Acte 1 : le suspense du troisième mandat

L’année a commencé comme un bon feuilleton, avec une intrigue qui a tenu le pays en haleine : Macky Sall allait-il ou non briguer un troisième mandat ? Pendant des mois, les rumeurs ont fait rage. On aurait dit un match de lutte sénégalaise, avec des analystes politiques jouant les arbitres dans une arène médiatique surchauffée. Finalement, en février, coup de théâtre ! Initialement prévue pour le 25 février, l'élection présidentielle a connu un report décidé par le président sortant Macky Sall, invoquant des contraintes liées à des enquêtes parlementaires en cours. Macky Sall annonce que « des forces extérieures menacent le pays », donc il lui faut encore huit mois pour passer la main. Certains ont applaudi, d’autres ont crié au « coup d’État constitutionnel ». Cette annonce a suscité un tollé général, avec des critiques virulentes de l'opposition et des mobilisations populaires dénonçant une tentative de manipulation du processus électoral. Le Conseil constitutionnel, saisi par des figures de l'opposition, a annulé ce report, arguant que cette décision portait atteinte aux fondements constitutionnels. Sous la pression de la rue et des instances judiciaires, une nouvelle date a été fixée au 24 mars. C’est ainsi que Macky Sall a été ramené à la raison et obligé d’accepter, à « l’insu de son plein gré », de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Il doit quitter la scène le 2 avril au soir. On ne peut qu’imaginer le soulagement des rédacteurs de mémoires politiques qui n’ont pas eu à réviser leurs manuscrits pour inclure une nouvelle polémique.

Acte 2 : la campagne des égos surdimensionnés

Avec Macky Sall hors course, la scène a été envahie par une vingtaine de personnages passés au tamis du parrainage, puis devant le Grand Jury des 7 Sages du Conseil constitutionnel. Parmi eux, un candidat en prison, qui fera parler de lui dans un tout autre environnement. La campagne électorale a été un véritable festival. Comme d’habitude, les promesses, les vérités et les contre-vérités ont rempli les journées des citoyens pendant 10 jours, en raison d’une durée de campagne écourtée de moitié. Si d’aucuns se sont étranglés de rage parce qu’ils perdaient des marchés, les campagnes électorales étant leurs périodes de « traite », de nouveaux types de partisans faisaient leur apparition, dont le signe distinctif était les insultes et les insanités. Quand quelques-uns se sont essayés à des débats, ils ont ému certains futurs électeurs aux larmes… de rire jaune. Un sujet a été commun à tous les candidats : le pétrole et le gaz. Le rêve d’un boom économique grâce aux ressources gazières et pétrolières s’est transformé en une comédie de cafouillages. Entre les promesses de création d’emplois et les accusations de mauvaise gestion, les débats sur la transparence ont pris une allure de « Je t’aime, moi non plus ».

Acte 3 : l’élection à rebondissements

Le 24 mars, jour de scrutin, le pays et la diaspora sénégalaise ont vécu une ambiance digne d’une finale de la CAN. Les files d’attente devant les bureaux de vote ressemblaient à des stands de restauration populaire, avec des discussions enflammées sur qui serait le prochain président. Quand les résultats sont tombés, lors d’un scrutin sous haute tension, Bassirou Diomaye Faye, candidat du parti Pastef, a triomphé dès le premier tour avec une majorité absolue. Une performance qui reflète à la fois l’épuisement des électeurs face au régime précédent et l’aspiration à un changement radical. Sa victoire a mis fin à une décennie de gouvernance de Macky Sall, marquée par des controverses sur des questions de gouvernance et de libertés publiques. Le candidat de la coalition jusque-là au pouvoir, arrivé deuxième, a attendu le lendemain pour être sûr de connaître la « vérité des urnes », avant de féliciter le nouveau chef de l’État.

Acte 4 : un gouvernement comme un orchestre désaccordé

Avec Bassirou Diomaye à la barre, le nouveau gouvernement ressemble à un orchestre où chaque ministre joue sa propre mélodie. La première surprise à la publication de la liste des membres du gouvernement dirigé par Ousmane Sonko a été le nombre de femmes y siégeant : aussi rares que les machines à café, désormais interdites dans les ministères par circulaire primatoriale.