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Perspectives

Cherif Diop · sam. 11 janv. 2025 · 3min de lecture

Pastef : le dilemme des militants bigots

 Pastef : le dilemme des militants bigots
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Dans un contexte où le Sénégal expérimente une nouvelle alternance politique, Pastef se retrouve face à un dilemme inédit : composer avec une frange de militants aux positions radicales, devenus un contre-pouvoir informel. Entre loyauté envers ces gardiens autoproclamés du Projet et la préservation des institutions républicaines, Ousmane Sonko et son gouvernement naviguent en eaux troubles. Dans cet article incisif, Chérif Diop explore les enjeux de cette contestation interne et l’impact des réseaux sociaux, entre autres.

Un contre-pouvoir d’un nouveau genre

La troisième alternance au Sénégal fait face à une opposition d’un type inédit. Si la légitimité du pouvoir découle de l’élection, son exercice s’appuie également sur des mécanismes complexes de gouvernance. Dans ce cadre, le lancement imminent de la plateforme Ligeeyal sa Reew – permettant à chaque citoyen de postuler à des postes publics compétitifs – contraste fortement avec les critiques acerbes contre la nomination de personnalités non affiliées à Pastef ou perçues comme ayant critiqué le Projet. En République, tous les Sénégalais, quelles que soient leurs origines ou opinions, ont leur place, sauf ceux prônant des idéologies ethnicistes ou séparatistes. Les autorités doivent impérativement éviter les dérives communautaristes qui mèneraient le pays vers un gouffre dangereux. Pourtant, certains sympathisants bigots de Pastef revendiquent leur désaccord au nom de la démocratie. Cette opposition interne, bien que parfois cocasse, pourrait, si elle est habilement exploitée, représenter un atout stratégique pour le bien commun.

Un jeu d’équilibre délicat

Ousmane Sonko n’est certes pas Périclès, le père de la démocratie radicale, et le Sénégal reste encore loin du modèle de la démocratie athénienne. Toutefois, Pastef a promis une révolution profonde dans la gestion des affaires publiques avec le slogan “Li nieup book, nieup jotsi”. Dans cette optique, la controverse entourant la nomination d’Aoua Bokar Ly, après celle de Samba Ndiaye, pourrait être interprétée positivement, à condition que ces critiques servent l’intérêt général et non les desiderata partisans. Au Sénégal, le bon vouloir des autorités a souvent prévalu. Cependant, comme le disait Montesquieu, “Il faut que le pouvoir arrête le pouvoir”. Face à cette polémique, les militants bigots ont démontré leur capacité à devenir un contre-pouvoir informel mais redoutable, au point de provoquer une réaction nocturne du président de leur parti. Ousmane Sonko s’est ainsi érigé en bouclier contre les insultes dirigées vers le chef de l’État par certains membres extrémistes.

Vers une transformation républicaine

La constitution sénégalaise confère au président un pouvoir quasi-monarchique. Pourtant, le changement systémique tant promis ferait un bond significatif si les gardiens du Projet se transformaient en véritables défenseurs des institutions républicaines, surveillant l’action de l’État de manière objective et impartiale. En mobilisant leur influence sur les réseaux sociaux, comme ils l’ont déjà fait pour imposer un récit dominant, ces militants pourraient également jouer un rôle clé dans l’évaluation constante de l’action publique. Une telle vigilance garantirait que tout poste public devienne une responsabilité et non un privilège ou une sinécure. À cette condition, l’avènement de Bassirou Diomaye Faye pourrait marquer un tournant démocratique. Cependant, la transformation socio-économique du Sénégal, véritable enjeu de cette alternance, reste une tâche colossale à accomplir.