Perspectives
Mémoire sélective ou oubli volontaire ? Réponse de Mody Niang à Bachir Fofana
Mody Niang répond à Bachir Fofana en citant des déclarations et actes controversés d'anciens présidents sénégalais, contestant ainsi la focalisation des critiques sur le président actuel Bassirou Diomaye Faye. Il rejette l'oubli sélectif des erreurs passées et défend son intégrité.

Dans ma contribution publiée le 30 janvier dernier, j’annonçais qu’elle serait suivie d’une seconde, peut-être d’une troisième, pour administrer la preuve à Bachir Fofana, à Papa Malick Ndour, comme à de nombreux autres du même acabit, qui pensent comme eux, que nous sommes loin, très loin, d’être amnésiques et que personne ne peut nous faire croire, une seule seconde, que le Sénégal est né le 24 mars 2024. « Un président ne doit pas dire ça », « Un président ne doit pas faire ça », répétait-il souvent dans son « lundi » publié après la Conférence des Administrateurs et des Managers publics (CAMP) du 20 janvier 2025.
Même si Bachir Fofana ne le sait pas, ou feint de ne pas le savoir, fermant hermétiquement les yeux et se bouchant les oreilles sur tout ce qui s’est passé depuis le 7 mars 1963 et, en particulier, depuis ce fameux 1er avril 2000, nous connaissons des présidents, en tout cas au moins deux, qui ont dit plus, qui ont dit pire ; qui ont fait plus, qui ont fait pire.
En conclusion de ma première contribution, je promettais aux lecteurs, qui en avaient déjà une idée avec les déclarations sur les perrons de l’Élysée du vieux président-politicien, lors de son premier voyage en France après le 1er avril 2000, qu’ils en auraient bien d’autres après avoir lu cette seconde contribution. Je commencerai par l’ancien président-politicien avant de revenir sur son prédécesseur et sosie.
Combien de fois, pendant douze ans, a-t-il dit ce qu’un président de la République ne doit pas dire et fait ce qu’il ne doit pas faire ? Premier ministre déjà, il votait sans carte d’identité à Fatick.
Je pourrais me contenter d’une seule de ses déclarations, que pratiquement tout le monde se rappelle d’ailleurs et qu’aucun président d’un pays sérieux n’oserait faire : « Si je n’avais pas mis mon coude sur les dossiers que j’ai sur mon bureau, beaucoup de gens iraient en prison ». Naturellement, dès le lendemain, les commentaires sont allés bon train et nombre d’entre eux ne le ménageaient pas. Il comprit alors qu’il avait commis une bévue et voulut se corriger, mais en en commettant une encore plus grosse : « Je ne parlais pas de tous les dossiers mais de celui de Sindiély Wade seulement, car je ne peux pas envoyer en prison en même temps le frère et la sœur ».
Donc, c’est lui qui décidait de l’envoi ou non des gens en prison ! Comme Bachir Fofana nous prend pour ce que nous ne sommes pas, je rappelle qu’il s’agissait du lourd dossier du FESMAN, où Sindiély était gravement mise en cause. Le lendemain d’ailleurs, ou le surlendemain, j’ai publié une contribution intitulée « Et s’il est établi que le frère et la sœur sont tous les deux des voleurs ! » dans Sud Quotidien du 12 février 2014.
Bachir, un président peut-il dire ça ? Un président vraiment digne de la fonction ? Où étiez-vous, vous et les autres qui pensent comme vous ? Le président Bassirou Diomaye Faye a vraiment bon dos.
Des bêtises – je ne peux les appeler qu’ainsi –, l’ancien président-politicien en a dit bien d’autres. Je rappelle seulement qu’en campagne électorale pour le référendum de mars 2016, au Grand Théâtre Doudou Ndiaye Coumba Rose, il a dit, en direction de la pauvre opposition : « Que cela vous plaise ou non, vous supporterez ma politique ! ». Un président de la République peut-il se permettre de dire ça, et sans état d’âme ? Oubliait-il qu’il tirait son pouvoir de gouverner de la Constitution, tout comme l’opposition celui de s’opposer ? Vous a-t-on entendu ou lu à l’époque, vous comme les autres qui prennent plaisir à tirer à boulets rouges sur le président Diomaye et son Premier ministre ?
Dans son même « lundi », Bachir Fofana répète qu’« un président ne doit pas faire ça », mettant naturellement en cause le président Diomaye Faye dans son introduction de la CAMP. Bachir n’a d’yeux et d’oreilles que pour lui et son Premier ministre. Pourtant, des présidents – plus exactement l’ancien président-politicien et son prédécesseur et sosie – ont fait pire, si toutefois Diomaye a fait...
Des « hauts faits d’armes » du premier, je retiendrai seulement quelques-uns. On se rappelle le comportement inacceptable de l’ancien ministre Moustapha Diop envers les magistrats de la Cour des Comptes. Le président de la Commission des Comptes et de Contrôle des Entreprises et ses collègues se sont rendus au siège du Fonds de Promotion d’Entreprenariat Féminin pour rencontrer le staff et lui présenter le programme de travail de la vérification, conformément à leur mission.
Informé de la présence des enquêteurs, Moustapha Diop, alors ministre délégué auprès du ministre de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, chargé de la Microfinance et de l’Économie solidaire, s’invite à la réunion. Le président de la Commission lui fait alors remarquer que sa présence ne s’imposait pas du fait qu’il ne s’agissait que d’une réunion de prise de contact.
Le ministre délégué, qui n’a certainement pas apprécié ces mots, entre dans une colère noire et s’adresse alors à ses « invités » en ces termes vigoureux : « Vous êtes de petits magistrats de rien du tout, payés pour me déstabiliser ». Et il ne s’arrête pas en si bon chemin. Selon Léral.net du mardi 15 juin 2015, qui rend compte de l’événement, il leur lança : « Vous ne faites pas partie des magistrats de la Cour des Comptes, mais de la Cour de règlement de comptes », avant de les mettre dehors sans autre forme de procès.
Le président de la Commission et ses collègues, naturellement très en colère, s’en ouvrent au président de la République et exigent une sanction sévère contre le ministre délégué. Pour toute réponse, l’ancien président-politicien leur présente publiquement les excuses de son ministre.
Monsieur Bachir Fofana, un président de la République digne de la fonction doit-il vraiment faire ça ? Où étiez-vous à l’époque, vous et les autres qui pensent comme vous ? Vous a-t-on alors entendus ou lus ?
Ce n’est pas tout, Monsieur Fofana. Pendant qu’il était Directeur général du COUD, Cheikh Oumar Hane a fait l’objet d’une enquête par l’OFNAC, laquelle a abouti à un lourd dossier. Le 31 décembre 2018, si mes souvenirs sont exacts, après son message à la Nation, l’ancien président-politicien, répondant à des journalistes, a pris publiquement sa défense alors que son dossier était entre les mains du procureur de la République. Il est allé plus loin en reprochant à l’OFNAC d’avoir outrepassé ses prérogatives.
Trois à quatre mois plus tard, Cheikh Oumar Hane est nommé, contre toute attente, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Bachir, un président sérieux doit-il faire ça ? Vous êtes-vous fait entendre à l’époque, vous comme les autres ?
Bachir, nous n’accepterons jamais qu’on fasse table rase de tout ce qui s’est passé pendant vingt-quatre longues années de nauséabonde gouvernance pour nous enfermer dans les neuf mois des nouveaux gouvernants.
Ces quelques exemples ne sont que des peccadilles comparées aux mille scandales qui ont jalonné cette nébuleuse gouvernance. Il en sera ainsi des exemples que je prendrai sur son prédécesseur et sosie dans ma prochaine contribution.
