Djibril Keita et Ibra Pouye · dim. 16 mars 2025 · 6 min de lecture
La diaspora sénégalaise : banquière d’un nouvel élan économique pour un Sénégal prospère en 2050

Cri de cœur, cri de joie, cri de bonheur, mais aussi quelques cris étouffés par l’enfumage de cette nouvelle croustillante, qui reste néanmoins une chimère emmitouflée en éléphant blanc. C’est sur cet éléphant blanc que le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, s’est exercé lors d’une visite dans le nord du pays. Mais lequel de ces cris devons-nous comprendre ? Nous, membres de la diaspora sénégalaise, nous, Sénégalais d’ici et d’ailleurs, éparpillés sur plusieurs continents, assistons à une crise de la dette qui s’accentue. Le monde devient bipolaire, et l’élection de Trump a bouleversé la planète. Celle-ci est désormais tourneboulée, les tensions et les divisions entre nations s’accentuent. La planète est divisée en trois blocs de puissance : les États-Unis d’Amérique, l’Europe recroquevillée sur elle-même, et la Chine ragaillardie. La Russie joue le rôle de spectateur très actif, tandis que l’Afrique, comme à l’accoutumée, reste un spectateur passif, assis sur des œufs. Dans ce contexte tendu de géopolitique financière, rempli d’enjeux stratégiques, l’exécutif sénégalais joue à la montre russe : capter la manne financière de sa diaspora, très disposée et encline au développement du pays, ou laisser échapper cette occasion en or tant espérée. De l’espoir naîtra la réalité, dit-on. Marre d’être une vache à lait pour le reste du peuple resté sur les rives de la Méditerranée et de l’Atlantique, la diaspora est cette fois prête à jouer son rôle de créancier et de catalyseur de devises pour l’économie du pays. Marre d’être laissée en rade, la diaspora veut jouer le rôle de banquier. D’où l’idée d’une banque de la diaspora, germant dans les esprits, mais devant être adossée à une économie humaine, basée sur l’éducation et la santé. Ces deux aspects, étroitement imbriqués, devront jouer un rôle crucial dans ce Sénégal 2050, tracé dans le programme de gouvernance festoyé à Diamniadio dans une ambiance à la bonne franquette. En effet, l’argent de la diaspora ne doit plus servir uniquement à couvrir les frais de bouche, les cérémonies de baptême, de décès, et tutti quanti. Il ne doit plus non plus servir à construire des maisons individuelles ad vitam aeternam. Cette manne, tombée non pas du ciel mais issue d’un dur labeur, doit servir à construire des infrastructures publiques et privées. Israël et l’Éthiopie sont des exemples de haute portée. Ces deux nations ont été construites en partie grâce à leur diaspora. Le don de soi a joué un rôle clé. L’argent récolté devra servir à créer des emplois, construire des hôpitaux, des aéroports, des usines de transformation de fruits, des fermes agricoles, etc. La diaspora doit devenir l’un des créanciers de l’économie sénégalaise. Face à une dette ayant franchi 99,67 % du PIB et un déficit budgétaire dépassant 13 % du PIB sous le régime de Macky Sall, l’heure est à l’action, comme la parole l’était durant les législatives de novembre dernier. Il est désormais urgent de convaincre et de passer à l’action. Nous devons nous retrousser les manches, même si s’endetter devient un exercice périlleux dans ce monde. Le repli sur soi est devenu une politique de gouvernance. Le président Donald Trump a pris comme résolution de ne plus dépenser les fonds américains à l’étranger. « America First » est passé par là, entraînant l’arrêt de certaines aides bilatérales, comme celles de l’USAID, destinées à de nombreux pays africains et d’Amérique latine. Face à cette situation, l’exécutif sénégalais pourrait se tourner vers les « Diaspora Bonds » comme source de diversification de l’endettement national. En 2023, les Sénégalais de la diaspora, principalement installés en Europe et aux États-Unis, ont envoyé plus de 1 800 milliards de francs CFA, soit environ 12 % du PIB national. Ce montant dépasse largement les aides publiques au développement fournies par les institutions internationales et certains bailleurs de fonds bilatéraux. Avec la création de cette banque, l’idée ingénieuse est d’en faire une institution financière d’épargne, de crédits et d’investissements, notamment pour l’emploi des jeunes et la retraite de la diaspora. L’argent doit servir à travailler et à développer le pays, et non à dormir dans les banques. Comme le dit si bien l’adage wolof : « Xaliss warul nélaw, dafa wara liggéy am réw » (L’argent ne doit pas dormir, il doit travailler pour le pays). Transférer autrement et investir autrement, tel doit être le credo de la Banque de la diaspora sénégalaise (BdS). En effet, le Premier ministre Ousmane Sonko doit être le premier ambassadeur de ce travail de longue haleine et porteur d’espoir. À lui seul, les montagnes bougent. Le « Sonko yaw laniu gëm » reprend tout son sens dans cette situation. Une fois encore, Dakar doit devenir la future place financière de l’Afrique de l’Ouest. Et si l’on parlait d’une banque de la diaspora adossée à une économie humaine, actrice des transformations profondes que ce Sénégal attend ? Pour la réussite de ce grand projet bancaire, il faudra s’appuyer sur nos convictions profondes et sur la transparence dans l’utilisation des fonds. La communication ne doit pas être négligée, tout comme l’implémentation, le siège, et les métiers composant cette future banque, qui risque de secouer l’écosystème bancaire sénégalais. Capter les revenus de la diaspora doit désormais devenir un sacerdoce. En fait, les lignes bougent depuis l’avènement du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Un vent d’espoir souffle sur ce pays, longtemps martyrisé par les régimes d’Abdoulaye Wade et de Macky Sall, qui se sont succédé, même si ce dernier s’est singularisé par un carnage de nos deniers publics. La Cour des comptes, dans son dernier rapport, en a fait l’illustration. Cette banque servirait aussi de relais aux PME, qui représentent plus de 90 % du tissu économique du pays. Le prêt à taux zéro, tant rêvé, pourrait refaire surface pour nos Fatou-Fatou et Gorgorlou. L’idée d’une banque créatrice d’emplois à travers ses filiales et filières économiques, couplée à la Caisse des dépôts et consignations (CDC), est prometteuse. Cette banque de dépôt du trésor de la nation doit être entièrement renforcée. Cependant, la mise en place des obligations diasporiques (Diaspora Bonds) relève aussi d’un malentendu à résoudre, en raison de la méfiance et du scepticisme de nombreux concitoyens, nourris par des expériences passées dans le secteur bancaire et immobilier. À nous, Sénégalais de la diaspora, de suivre ces sillons frais du développement. À nous de saisir la balle au rebond. À nous de tracer et de labourer ce beau champ qu’est ce pays de la Téranga. À nous, chantres d’un développement futur bâti sur une économie humaine, une économie de la dignité centrée sur l’humain, à l’heure où l’Afrique est laissée sur le bord de la route. La banque de la diaspora devrait servir de catharsis économique, en développant l’éducation et la santé, vecteurs d’un développement harmonieux et prospère. Un grand réveil économique doublé d’un grand bond en avant. Mais, bon an, mal an, pourvu que le printemps fasse fleurir quelques bourgeons et laisse entrevoir l’espoir de lendemains chantants.





