Sunulife · mer. 27 mai 2026 · 3 min de lecture
Charte africaine sur les valeurs familiales : un cheval de Troie conservateur déguisé en souveraineté

Le projet de Charte africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs, élaboré lors de conférences tenues à Entebbe (Ouganda) entre 2023 et 2025, se présente comme un rempart contre l'érosion des traditions. Mais à y regarder de près, il s'agit d'un cheval de Troie conservateur, piloté par des lobbies internationaux tels que Family Watch International, et soutenu par le président ougandais Yoweri Museveni. L'objectif ? Convaincre les gouvernements africains d'adopter une série de mesures régressives, sous couvert de souveraineté culturelle. Le texte, inscrit dans la mouvance mondiale de droite, prône notamment l'opposition à l'éducation sexuelle complète, le rejet des droits en matière de santé sexuelle et reproductive (y compris l'avortement en toutes circonstances), et la définition d'une souveraineté africaine sur la santé, l'alimentation, l'éducation et le développement économique. Pourtant, ces propositions entrent en conflit direct avec les engagements continentaux existants, comme l'ont souligné des institutions comme Afya Na Haki. Les conséquences potentielles sont alarmantes. En matière de santé reproductive, la charte ignore délibérément des décennies de recherche scientifique. Refuser l'accès à l'avortement légal, même en cas de danger pour la vie de la mère ou de viol, revient à condamner des milliers de femmes à la mort. L'Afrique subsaharienne concentre déjà 29 % des avortements non sécurisés mondiaux et 62 % des décès liés à l'avortement. Restreindre davantage les soins ne réduira pas le nombre d'avortements, mais les poussera dans la clandestinité, avec des conséquences sanitaires désastreuses. Quant à l'éducation sexuelle, la charte prône une approche fondée uniquement sur l'abstinence, qualifiant à tort l'éducation sexuelle complète de menace pour l'innocence des enfants. Or, les recherches montrent que cette dernière retarde l'initiation sexuelle, réduit les grossesses précoces et les infections. Confondre innocence et ignorance expose les jeunes aux risques, tandis que les parents, souvent démunis, ne peuvent se substituer à une éducation structurée. De plus, la famille, si sacrée soit-elle, n'est pas toujours un havre : elle peut être le lieu de violences et d'abus. Cette charte n'est pas un texte isolé. Elle s'inscrit dans une offensive globale contre les droits des femmes et des personnes LGBTQ+ en Afrique. En invoquant la souveraineté, ses promoteurs cherchent à légitimer des politiques discriminatoires. Mais la souveraineté ne saurait justifier l'abandon des droits humains fondamentaux. Les Africains, conscients de leur histoire, savent que la défense des traditions ne doit pas se faire au prix de la vie et de la dignité. Alors que le projet circule dans les couloirs des parlements africains, il est urgent d'en déconstruire les arguments. Derrière le vernis de la défense des valeurs, c'est une régression dangereuse qui se profile. L'Afrique, fidèle à son esprit de résistance, doit refuser ce chantage idéologique et tracer sa propre voie, entre héritage et modernité.





