Œuvres
Sunulife · mer. 27 mai 2026 · 2 min de lecture
Poussière, divinité et désir : réappropriation des identités queer dans l’Afrique de l’Ouest précoloniale

Au Sahel, la poussière des archives recouvre plus que du papier. Elle ensevelit des pans entiers de nos histoires intimes, des récits que le regard colonial a jugé indignes d’être transmis. Pourtant, sous les strates de l’ordre moral importé, les fragments d’un passé queer africain persistent, témoins d’une époque où le désir entre hommes n’était ni anomalie ni tabou, mais s’inscrivait dans l’ordre du cosmos. L’essayiste Emmanuel Aneriba-Iga pose une question radicale dans sa simplicité : et si ce que nous appelons « tradition » n’était que le vernis d’une modernité victorienne ? Les lois qui criminalisent aujourd’hui l’homosexualité au Ghana, au Sénégal et ailleurs ne sont pas des héritages ancestraux. Elles sont filles du code pénal britannique de 1860, du Code de l’indigénat et des sermons de missionnaires zélés. Ce que l’on défend comme « culture africaine » est souvent une morale de bazar importée par les bateaux coloniaux. Avant cette rupture, les sociétés ouest-africaines ne connaissaient pas la binarité rigide que nous imposons aujourd’hui. Chez les Dagara du Burkina Faso, les personnes nées avec une double âme – à la fois masculine et féminine – étaient reconnues comme médiatrices entre les mondes. Au royaume du Dahomey, des relations entre femmes guerrières étaient tolérées, voire valorisées. L’histoire de l’Afrique est riche de ces nuances que le regard colonial a réduites à des silences. Aneriba-Iga ne se contente pas de dénoncer l’hypocrisie d’une morale importée




