Sunulife · ven. 24 avr. 2026 · 3 min de lecture
À Zanzibar, l’atelier du Caine Prize réinvente l’écriture africaine en 2026

Stone Town, Zanzibar. Les ruelles de corail et de chaux blanche ont vu passer les marchands d’épices et les explorateurs. En ce début 2026, elles accueillent une autre forme de trafic : celui des mots. Le Caine Prize for African Writing a posé ses valises dans cette île-mémoire pour son dix-neuvième atelier d’écriture, dédié au président du jury 2025, le Prix Nobel Abdulrazak Gurnah. L’auteur de *Paradise* et *Afterlives* n’est pas seulement un nom ; il est l’incarnation d’une littérature qui refuse les frontières, qui habite l’exil comme une langue maternelle. Pendant quatorze jours, dix écrivains venus de neuf pays africains — du Sénégal au Zimbabwe, du Kenya au Nigeria — ont partagé la même lumière, les mêmes silences, les mêmes doutes. L’atelier n’est pas une école où l’on apprend à écrire, mais un espace où l’on désapprend les automatismes. Ici, la phrase se tisse à plusieurs voix, dans la chaleur humide de l’océan Indien. Chaque participant apporte son dialecte, son rythme, sa blessure. Et le groupe, comme un griot collectif, réinvente la narration africaine. Ce choix de Zanzibar n’est pas anodin. Gurnah, né à Zanzibar et exilé en Angleterre, a fait de cette île le théâtre de ses romans. En réunissant les écrivains dans sa terre natale, le Caine Prize rend hommage à une géographie littéraire souvent marginalisée : celle de l’Afrique de l’Est, des cultures swahilies, des routes commerciales qui ont précédé la colonisation. L’atelier devient alors un acte politique : écrire depuis Zanzibar, c’est affirmer que la littérature africaine ne se réduit ni au Nigeria ni à l’Afrique du Sud. Les textes nés de ces quatorze jours ne seront pas publiés demain. Mais ils circuleront, comme les alizés, dans les revues, les concours, les manuscrits à venir. Le Caine Prize, depuis 2000, a révélé des plumes comme Chimamanda Ngozi Adichie, Namwali Serpell ou Lesley Nneka Arimah. Chaque atelier est une promesse : celle que l’Afrique continue d’écrire son propre récit, dans une langue qui n’appartient qu’à elle — même quand elle use de l’anglais. Alors que le monde de l’édition occidentale cherche encore ses repères post-coloniaux, ces dix écrivains, assis en cercle sous un manguier de Stone Town, savent déjà que la prochaine grande voix africaine ne sera pas découverte à Londres ou New York, mais dans la poussière d’un atelier, entre deux appels à la prière. Le Caine Prize ne fait que leur prêter une scène. La suite leur appartient.




