Sunulife · dim. 3 mai 2026 · 2 min de lecture
Littérature africaine à Cannes : Sanusi et Fallé dans la lumière de Shoot the Book!

C'est à Cannes, sous le soleil méditerranéen qui n'a rien à envier à nos tropiques, que deux voix majeures de la littérature africaine contemporaine viennent de se faire une place de choix. Abidemi Sanusi, avec *Looking for Bono*, et Nincemon Fallé, avec *Ces soleils ardents*, ont été retenus dans la sélection 2026 de Shoot the Book!, ce dispositif unique qui, depuis 2014, tisse des ponts entre l'édition francophone et l'industrie cinématographique internationale. Derrière l'annonce, c'est tout un écosystème qui s'active : la Société Civile des Editeurs de Langue Française (SCELF) et le Marché du Film de Cannes ne se contentent pas de promouvoir des livres ; ils ouvrent un espace de dialogue où le récit africain peut enfin trouver une traduction visuelle à la hauteur de sa complexité. Car il ne s'agit pas simplement de 'vendre' des histoires à Hollywood, mais de proposer une matière narrative dense, ancrée dans des réalités que le cinéma mainstream ignore souvent. *Looking for Bono* de Sanusi interroge la quête d'identité à travers le prisme de la célébrité et de la mémoire, tandis que *Ces soleils ardents* de Fallé plonge dans les ardeurs et les contradictions d'une jeunesse ivoirienne en pleine effervescence. Deux œuvres qui, chacune à leur manière, refusent le pittoresque et exigent une lecture exigeante. Cette sélection cannoise n'est pas une simple reconnaissance médiatique. Elle signale un changement de paradigme : après des décennies où l'Afrique était surtout un décor pour le cinéma occidental, voici que ses écrivains imposent leurs visions, leurs langues, leurs rythmes. Le travail de la SCELF, en amont, est crucial : il ne s'agit pas de traduire, mais de transposer, de trouver l'équivalent cinématographique d'une prose qui pulse au rythme de nos villes et de nos silences. Fallé et Sanusi rejoignent ainsi une lignée d'auteurs africains dont les œuvres commencent à infuser l'imaginaire global, non plus comme exotisme, mais comme source vive de récits universels. Le chemin de la page à l'écran est semé d'embûches, mais cette annonce est une promesse : celle que nos histoires, portées par des plumes aussi affirmées, trouveront leur public, sur tous les écrans du monde.




