Œuvres
Sunulife · dim. 3 mai 2026 · 2 min de lecture
Le Film qui n’a jamais été : Sembène, Samori et l’archive inachevée

Il y a des films qui ne se font jamais, et qui pourtant pèsent sur l’imaginaire autant que les chefs-d’œuvre achevés. Le projet de long métrage qu’Ousmane Sembène consacra à Samori Touré en fait partie. Pendant des années, le cinéaste sénégalais a porté cette ambition : donner au grand résistant mandingue une présence cinématographique à la hauteur de sa stature historique. Mais le film resta à l’état de scénario, de notes, de repérages. Aujourd’hui, c’est ce vide que la publication de la Chimurenga Library explore, non comme un échec, mais comme un objet de pensée. Samori Touré, fondateur de l’éphémère empire wassoulou, bâtisseur d’une armée moderne, adversaire acharné des colonnes françaises, incarne une figure complexe de la résistance. Sembène, en choisissant de le filmer, ne cherchait pas seulement à illustrer l’histoire : il voulait en extraire une leçon politique pour le présent. Son approche, documentée par les archives rassemblées dans cet ouvrage, révèle une méthode : faire du cinéma un outil de décolonisation de la mémoire, un geste qui dépasse la simple reconstitution. Ce que Chimurenga met en lumière, c’est la portée épistémologique du projet. En interrogeant les raisons de l’inaboutissement — contraintes financières, obstacles politiques, choix esthétiques —, l’analyse montre que l’absence du film est elle-même significative. Elle dit quelque chose de la difficulté à représenter l’héroïsme africain dans un médium hérité de l’Occident, et du défi que représente l





