Ibrahima Thiam · lun. 20 janv. 2025 · 3 min de lecture
Justice ou mise en scène : le mystère Farba Ngom

Le Premier ministre l'avait prédit : "Farba Ngom ne fera plus jamais campagne après cette consultation." Une déclaration qui résonne aujourd'hui comme une prophétie, alors que le nouveau député risque de perdre son immunité parlementaire. Rappelez-vous cette phrase mémorable, prononcée en pleine campagne : "Farba Ngom ne fera plus jamais campagne après cette consultation." Était-ce un avertissement ? Une prédiction ? Nous aurions peut-être dû tendre l’oreille, car voici que l’élu fraîchement arrivé au Parlement se retrouve déjà au cœur d’une procédure de levée d’immunité parlementaire. Si la politique sénégalaise était une série, ce serait un cliffhanger parfait. Soyons clairs : la levée d’immunité parlementaire est une procédure tout à fait normale. Mais pourquoi le timing donne-t-il toujours l’impression d’être soigneusement orchestré ? Pourquoi, juste après son élection, Farba Ngom se retrouve-t-il au centre de l’attention judiciaire ? Si le dossier était prêt, pourquoi ne pas l’avoir traité avant ? Mais cela aurait gâché tout le suspense, n’est-ce pas ? Il faut admettre que le peuple sénégalais a une certaine fascination pour les feuilletons politico-judiciaires. On nous promet de la justice, et on nous sert un spectacle. D’un côté, on brandit la bannière de la reddition des comptes, ce qui est légitime. De l’autre, on laisse planer le doute d’un règlement de comptes habilement dissimulé. Et nous, spectateurs impuissants, oscillons entre applaudissements pour la transparence et doutes sur les véritables motivations. Attention, il ne faut pas se méprendre : toute personne ayant abusé des deniers publics doit répondre de ses actes. Mais pour que cela ait du sens, encore faut-il que la justice soit perçue comme impartiale et indépendante. Une justice qui cible de manière sélective ressemble davantage à une chasse qu’à une quête de vérité. Prenons un moment pour réfléchir. Farba Ngom est-il coupable ? Peut-être. Est-il victime d’un jeu politique ? Qui sait ? Ce qui est certain, c’est que le calendrier de cette affaire soulève des questions. Ce timing parfait, juste après son élection, donne l’impression d’une justice qui, comme un acteur principal, attend toujours son heure de gloire. Pourquoi ne pas avoir éclairci ces soupçons avant qu’il ne devienne député ? Pourquoi attendre les projecteurs pour sortir le dossier ? Ne nous voilons pas la face : cette affaire dépasse le cas de Farba Ngom. Elle soulève une question cruciale sur l’état de nos institutions. Une justice équitable ne doit pas donner l’impression d’être une marionnette manipulée par des intérêts politiques. Sinon, on risque de confondre reddition des comptes et règlement de comptes, une différence fondamentale. Le peuple sénégalais mérite mieux qu’une justice qui semble intervenir toujours au moment opportun, mais pour des raisons discutables. Il aspire à des institutions fortes et crédibles, où la lutte contre la corruption est menée avec rigueur et impartialité. Ce que les citoyens veulent, ce n’est pas un feuilleton à rebondissements, mais un véritable système de justice où les lois s’appliquent à tous, sans distinction ni manipulation. Alors, Farba Ngom, héros ou bouc émissaire ? La réponse importe moins que la manière dont cette affaire sera traitée. Car au final, la crédibilité de nos institutions en dépend. Et si cette affaire n’est qu’un épisode supplémentaire dans la longue série des manipulations politiques, il faudra bien reconnaître que ce n’est pas la justice qui triomphe, mais le cynisme. À quand une vraie réforme pour qu’on cesse de confondre tribunal et théâtre ?





