Derrière la façade rutilante des infrastructures inaugurées ces dernières années se cache une réalité troublante. Qu'il s'agisse du TER, du BRT ou du Prodac, ces chantiers révèlent un schéma récurrent de dépassements budgétaires et de financements opaques.
De nombreux projets d’infrastructures de grande envergure ont été initiés au Sénégal sous la présidence de Macky Sall. Leurs budgets, évalués à des centaines de milliards, n’ont pas laissé les Sénégalais indifférents. Ils ont suscité des interrogations et des débats parfois vifs quant à leurs modes de financement et leur utilité.
Au Sénégal, la réalisation d’infrastructures majeures a souvent fait l’objet de nombreuses controverses, notamment en raison des sommes d’argent annoncées pour leur construction, mais surtout des interrogations sur leur utilité et leur impact sur l’économie nationale. C’est le cas du Train Express Régional (TER). Sur ce projet, tout ou presque a été sujet à discordes. Plusieurs montants avaient été avancés quant au coût réel de l’infrastructure destinée, dans un premier temps, à relier Dakar à Diamniadio (36 km), avant d’être prolongée jusqu’à l’aéroport international Blaise Diagne de Diass (AIBD).
Lors de la cérémonie de lancement du projet, l’ancien président de la République, Macky Sall, avait annoncé un financement de 568 milliards de FCFA. Plus tard, un montant contradictoire avait été avancé. Sur le site officiel du Bureau d’information gouvernementale (BIG), il est indiqué que le TER a finalement coûté 656 milliards de FCFA : 568 milliards au début du projet, auxquels s’est ajouté un avenant de 88 milliards, soit une augmentation de 15 % du coût initial. La même source mentionne également que 5 milliards de FCFA avaient été prévus pour l’indemnisation des personnes impactées, mais qu’au final, 50 milliards de FCFA ont été déboursés. Les délais de livraison ont aussi été une source de discorde.
À côté du Train Express Régional, on trouve également le projet de Bus Rapid Transit (BRT), qui relie Guédiawaye au centre-ville de la capitale. Si le coût initialement annoncé en octobre 2019 était de 300 milliards de FCFA, le financement total a finalement atteint 419 milliards de FCFA, dont 69 % supportés par l’État et ses partenaires au développement, et 31 % par le secteur privé, soit 130 milliards de FCFA. Selon le CETUD, la structuration du financement s’établit comme suit : la réalisation des infrastructures routières et des équipements connexes du BRT est financée par la Banque mondiale (61,5 %) et la Banque européenne d’investissement (38,5 %).
Une autre infrastructure à plusieurs milliards : Air Sénégal. Créée en 2016 sur les cendres de la défunte compagnie Sénégal Airlines, la nouvelle compagnie Air Sénégal traverse depuis quelque temps des turbulences qui sapent son essor, pourtant bien enclenché depuis 2018 avec l’acquisition d’une flotte composée de deux ATR72-600. La compagnie peine à se maintenir à flot en raison de son surendettement, de ses mauvais choix stratégiques et surtout de ses investissements massifs dans des Airbus flambant neufs. À cela s’ajoutent des retards interminables, déplorés par les clients, aussi bien sur les vols internes qu’externes, ainsi que des coûts de vol élevés, des détours par divers pays et des escales de plusieurs heures sur le continent africain. Toutefois, il convient de noter qu’Air Sénégal semble, ces derniers temps, retrouver une certaine stabilité.
Prodac, un projet mort-né
La polémique autour du financement du Programme des Domaines Agricoles Communautaires (Prodac) a également fait couler beaucoup d’encre au Sénégal. Ce programme, prévu pour une durée de cinq ans (2014-2018), devait mobiliser un budget estimé à 100 milliards de FCFA. Il incluait plusieurs DAC : Séfa (région de Sédhiou), Itato (Kédougou), Keur Momar Sarr (Louga), Keur Samba Kane (Diourbel), Dodji (Louga), Boulel (Kaffrine), Fafacourou (Kolda), Niombato (Fatick), Notto Diobass (Thiès), l’axe Ourossogui-Bakel (Matam) et la zone des Niayes (Dakar).
Selon la Cour des comptes, le schéma de financement des DAC de Séfa, Itato, Keur Momar Sarr et Keur Samba Kane impliquait la compagnie ouest-africaine de crédit-bail, plus connue sous le nom de Locafrique. En février 2016, cette dernière a conclu avec l’État du Sénégal une convention de financement d’un montant total de 29,6 milliards de FCFA. Il s’agissait d’un crédit à moyen terme d’une durée de 60 mois, dans lequel Locafrique, bénéficiaire d’une ligne de crédit dédiée octroyée par Afreximbank, s’engageait à payer les factures présentées par Green 2000 et validées par le Prodac.
Tous les paiements devaient faire l’objet d’une retenue de garantie de 5 %, libérable après réception définitive, afin d’assurer l’exécution des ouvrages.
Cependant, la Cour des comptes a relevé de nombreux dysfonctionnements affectant le mécanisme de financement et de remboursement de la dette envers Locafrique. Elle a notamment souligné :
Un dispositif complexe de couverture financière du remboursement de la dette ;
Un dépassement du montant des créances cédées par rapport au reliquat à verser ;
La violation d’une disposition budgétaire relative au remboursement de la dette de l’État ;
Le non-respect des paiements effectués via le compte de dépôt ;
Un surplus de paiement sur les effets cédés à la BNDE ;
Une absence de maîtrise de la situation de remboursement de la dette.