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Perspectives

Fatou Ndiaye · sam. 11 janv. 2025 · 4min de lecture

Deux-roues au Sénégal : défis de régulation et enjeux de sécurité

Deux-roues au Sénégal : défis de régulation et enjeux de sécurité
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L'État a annoncé à plusieurs reprises la réglementation de la circulation des deux-roues. En attendant la mise en œuvre des directives édictées, notamment l'immatriculation systématique, force est de constater que les autorités publiques ont déjà tenté, au cours des huit dernières années et sans grands résultats, de réguler cette nouvelle forme de transport public urbain. Bien que ce mode de transport contribue à lutter contre le sous-emploi des jeunes, il entraîne de nombreux désagréments dans la vie quotidienne des Sénégalais. Le ministère des Infrastructures, des Transports terrestres et aériens (MITTA) a récemment fixé un délai de trois mois pour que les détenteurs de motos d'une cylindrée supérieure à 49 cc et non immatriculées procèdent à leur immatriculation. Cette décision a suscité des mouvements d’humeur et des manifestations sporadiques, notamment à Ziguinchor, Sédhiou et Dakar (au rond-point Cambérène), de la part des conducteurs de deux-roues. Cette nouvelle tentative des pouvoirs publics met en lumière les difficultés à instaurer l’ordre dans ce secteur. En effet, l’État avait annoncé en grande pompe des mesures telles que l’immatriculation obligatoire, le port du casque, et le respect du Code de la route. À l’époque, un délai de six mois avait été accordé aux propriétaires et conducteurs de deux-roues pour régulariser leur situation, notamment en ce qui concerne les titres de transport (permis, visite technique, immatriculation), le tout gratuitement. Cependant, rien n’a changé. En 2017 déjà, lors d’une conférence de presse tenue le 28 février, le chef du Bureau des relations publiques de la Police nationale, Henry Boumy Ciss, avait évoqué des mesures destinées à renforcer la sécurité des citoyens, notamment l’immatriculation systématique des deux-roues. À cette occasion, il avait rappelé que, selon la législation, seules les motos de 125 cm³ étaient soumises à immatriculation. La généralisation de la vidéosurveillance dans les rues de la capitale avait également été annoncée. En novembre 2023, lors du vote du budget de son ministère à l’Assemblée nationale, Mansour Faye, alors ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, avait reconnu les difficultés causées par la circulation des deux-roues, en particulier leur utilisation pour le transport de personnes, bien que cela soit interdit. Un texte avait été annoncé pour encadrer leur circulation. Cependant, malgré les directives édictées par l’ancien régime, les résultats escomptés n’ont jamais été atteints. Lors des derniers événements politiques, la circulation des motos avait été interdite à plusieurs reprises pour des raisons de sécurité. Pour ces mêmes raisons et en raison du non-respect de la réglementation, des contrôles réguliers sont menés par les agents de la circulation à divers endroits de Dakar et de sa banlieue (routes, intersections, ronds-points, etc.). Ces contrôles se soldent souvent par l’arrestation de dizaines de motos pour défaut d’immatriculation, de titres et de documents de transport (papiers de la moto, permis, assurance, carte grise, etc.). Cependant, leurs conducteurs reprennent généralement la circulation peu de temps après, moyennant le paiement d’une contravention ou d’une amende, sans pour autant être en règle, au détriment de la sécurité routière et publique. Dans les villes et villages du Sénégal, on observe une prolifération des deux-roues qui concurrencent, presque partout, les véhicules de transport en commun. Après avoir envahi les villes de l’intérieur, Dakar est désormais fortement impactée par cette tendance. Leur présence croissante ces dernières années a souvent des conséquences néfastes sur la sécurité routière et publique. Les accidents de la route, les agressions, les vols à l’arraché, le non-respect du Code de la route et de la réglementation (absence de permis de conduire, d’assurance, de carte grise ou d’immatriculation), ainsi que les mauvais comportements des conducteurs (non-port du casque, non-respect des feux tricolores ou des indications des agents de la circulation) caractérisent ce secteur, majoritairement investi par de jeunes conducteurs, souvent à peine sortis de l’adolescence. Il reste à savoir si le bras de fer engagé par les nouvelles autorités contre les deux-roues aboutira enfin à la régularisation et à la régulation de ce sous-secteur du transport.