Société
Sunulife · ven. 12 juin 2026 · 2 min de lecture
Le silence des chantiers : quand l'Afrique urbanisée oublie ses bâtisseurs
Ils sont les héros silencieux de l’Afrique qui monte. Chaque matin, avant l’aube, ils grimpent sur des échafaudages branlants, le masque rabattu sur le menton, la sueur déjà perlée sur le front. Maçons, ferrailleurs, manœuvres. Ils bâtissent les tours de verre de Nairobi, les autoroutes d’Abidjan, les cités flambant neuves de Dakar. Mais qui se soucie de ce qu’ils respirent ? La question est brutale, presque indécente dans un continent où l’urbanisation galopante est célébrée comme le signe indéniable du progrès. Pourtant, une étude récente de l’Organisation internationale du travail estime que près de 70 % des travailleurs du bâtiment en Afrique subsaharienne sont exposés quotidiennement à des niveaux dangereux de poussière de silice, d’amiante et de particules fines. Des chiffres qui donnent le vertige, mais qui restent lettre morte dans les ministères et les conseils d’administration. Prenons le cas du Sénégal, où le Plan Sénégal Émergent a transformé le littoral en un immense chantier. À Diamniadio, la nouvelle ville sort de terre à une vitesse vertigineuse. Les ouvriers y travaillent douze heures par jour, souvent sans équipement de protection. « On nous donne des gants en tissu, dit Ousmane, la trentaine, le regard fatigué. Le masque, on l’achète nous-mêmes, mais ça coûte cher et ça tient pas. Alors on fait sans. » Sans masque, sans protection, sans suivi médical. Et dans dix ans, quand la toux sèche deviendra une fibrose pulmonaire, qui se souviendra d’Ousmane ? Le pro





