Œuvres
Sunulife · lun. 29 juin 2026 · 2 min de lecture
Retour aux racines : « Les Habitants des marais » de Wole Soyinka renaît à Sheffield
Il y a des œuvres qui traversent les décennies sans prendre une ride, non par hasard mais par la force de leur questionnement. « Les Habitants des marais », le premier drame publié de Wole Soyinka, écrit à 24 ans, un an après son passage à l'Université de Leeds, est de ces textes-là. En 1975, la pièce quitte la scène britannique. En 2025, elle y revient, à Sheffield, comme pour nous rappeler que le sol sous nos pieds — qu'il soit boueux ou sacré — n'a jamais cessé de trembler. Soyinka, avant d'être le premier Africain à recevoir le Prix Nobel de littérature, fut d'abord un jeune homme qui regardait le monde depuis le delta du Niger. Dans cette pièce en un acte, il pose une question que l'Afrique post-coloniale n'a pas fini de se poser : que devient l'homme quand sa terre ne lui répond plus ? Les marais, chez Soyinka, ne sont pas un décor. Ils sont un personnage, une mémoire, une blessure. Le protagoniste, Igwezu, revient dans son village après un exil en ville, pour trouver son frère mort, sa femme partie, et les eaux qui montent. Ce retour n'est pas un simple fait divers rural. C'est une méditation sur l'échec des promesses modernes face à la permanence des cycles naturels. Le marais, espace liminal entre terre et eau, entre vie et mort, devient le théâtre d'une confrontation entre la tradition qui se meurt et une modernité qui n'offre que des illusions. Soyinka, avec une économie de moyens qui force le respect, fait tenir dans cette unique pièce tout le drame d'un continent




