Sunulife · jeu. 9 avr. 2026 · 2 min de lecture
Chronique d'une étrange étrangère : Survivre n'est pas vivre

Quand Boubacar Dramé, médiateur de son état, se fait violenté par la police française en 2019, c'est plus qu'un corps qui est meurtri. C'est l'illusion tout entière qui se fissure. Astou Coly, notre chroniqueuse Étrange étrangère, doctorante en sociolinguistique et collaboratrice du Musée des Civilisations noires de Dakar, saisit cette brèche pour nous parler de ceux qui survivent. De ceux qui, après l'épreuve, doivent réapprendre à respirer. L'illusion, justement. Celle de croire qu'en faisant ce qu'il faut — en étant intégré, poli, utile — on échappe au regard réducteur. Boubacar Dramé l'a cru. Beaucoup d'entre nous, que vous soyez à Paris, à Montréal ou à New York, l'ont cru aussi. On se dit qu'avec le temps, avec les diplômes, avec le travail bien fait, les préjugés s'effacent. Puis un jour, un incident, une violence, un regard vous rappelle à votre étrangeté. Non pas celle que vous portez, mais celle qu'on vous assigne. Astou Coly ne se contente pas de raconter cette violence. Elle en explore les séquelles. Ce que deviennent ceux qui survivent. Car survivre, ce n'est pas guérir. C'est porter en soi la mémoire du choc, la fissure dans la confiance, le doute sur sa propre place. C'est apprendre à naviguer dans un monde qui vous a montré son visage le plus dur, tout en devant continuer à y vivre, à y travailler, à y exister. Pour la diaspora, cette chronique touche une corde sensible. Elle parle de cette double conscience, de ce décalage permanent entre qui nous sommes et comment on nous perçoit. Elle interroge le prix de la survie. Doit-on se reconstruire sur les ruines du silence ? Ou faut-il, au contraire, transformer la blessure en parole, en témoignage, en combat ? Astou Coly, avec la précision de la sociolinguiste et la sensibilité de celle qui observe depuis le Musée des Civilisations noires, nous offre ici plus qu'un article. Une clé pour comprendre ces vies suspendues entre deux rives. Celles de Boubacar Dramé, les nôtres parfois. Elle nous rappelle que notre histoire, notre culture, ne sont pas des vestiges. Elles sont des armures, des langages, des boussoles pour ceux qui survivent — et qui, malgré tout, choisissent de continuer à vivre.



