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Sénégal

SenePlus · sam. 30 mai 2026 · 3min de lecture

Dakar face au FMI, l’illusion d’un dégel

Dakar face au FMI, l’illusion d’un dégel
En bref

Derrière le départ bruyant de Sonko et le profil rassurant de son successeur, le nœud gordien reste intact : le président Faye n'a jamais endorsé la restructuration de la dette qu'exige le Fonds monétaire international.

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Avec la nomination d'Ahmadou Al Aminou Lô à la primature, Dakar espère tourner une page difficile dans ses relations avec le Fonds monétaire international. Mais une source proche des négociations, citée par Jeune Afrique dans une enquête de Thaïs Brouck, douche les espoirs d'un règlement rapide : « Le problème est déplacé mais pas réglé. »


La fracture était là depuis des mois, feutrée mais réelle. D'un côté, un président de la République qui multipliait les gages de bonne volonté en direction de Washington. De l'autre, un Premier ministre qui avait érigé la résistance aux conditionnalités du FMI en posture politique. Leurs visions antagonistes sur la gestion de la dette — héritée en grande partie d'emprunts dissimulés contractés sous l'administration Macky Sall — ont finalement eu raison de la cohabitation Faye-Sonko.


C'est une séquence révélatrice qui a cristallisé la rupture. Les 12 et 13 mai, une conférence internationale sur la dette sénégalaise réunissait à Dakar des économistes hétérodoxes de premier plan. Sonko devait la présider. Il n'y est pas allé. La raison officielle : des ennuis de santé. La raison réelle, selon une source proche de la présidence interrogée par Jeune Afrique : au même moment, Bassirou Diomaye Faye rencontrait à Nairobi la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva. Apprenant l'organisation de cette conférence, le chef de l'État « était furieux » et « l'a vécu comme une provocation inutile, de quoi compromettre un peu plus la conclusion d'un programme avec le FMI ».


Faye silencieux, pas convaincu


Le départ de Sonko de la Primature le 22 mai, puis son élection à la présidence de l'Assemblée nationale, ont semblé ouvrir une fenêtre. La nomination d'Ahmadou Al Aminou Lô — économiste de formation, ancien cadre de la BCEAO — a été accueillie positivement. « Son profil en fait l'homme de la situation », estime l'économiste Abdoulaye Ndiaye, lauréat de l'Africa NextGen Economist Prize, cité par JA.


Mais la même source proche du FMI rappelle une réalité que les signaux de façade risquent de masquer : si Sonko exprimait bruyamment son hostilité à la restructuration de la dette extérieure, Bassirou Diomaye Faye « n'en pense pas moins ». Le président n'a jamais publiquement endossé la restructuration que le FMI exige comme condition préalable à tout programme. Son silence sur la question n'est pas une approbation.


Les marges de manœuvre se réduisent pourtant à vue d'œil. Le taux d'endettement du Sénégal est estimé par le FMI à 132% du PIB. Abdoulaye Ndiaye, dans les colonnes de Jeune Afrique, traduit ce chiffre en contrainte budgétaire concrète : le service de la dette devrait absorber près de 70% des recettes de l'État en 2026, et le seul remboursement de la dette extérieure dépassera 50% des recettes jusqu'en 2028, « soit plus du double du seuil jugé soutenable ». Les marchés, eux, ont déjà tranché : les eurobonds sénégalais se négocient autour de 50 cents par dollar, signal clair qu'une décote est anticipée.


Une nouvelle mission du FMI, conduite par l'économiste Mercedes Vera Martin, doit ouvrir ses travaux à Dakar le 8 juin, selon Jeune Afrique. Elle trouvera un gouvernement au profil plus accommodant. Mais aussi une Assemblée nationale présidée par Ousmane Sonko, celui-là même pour qui la restructuration de la dette relevait d'une question de dignité nationale. Dakar a changé de Premier ministre. Pas nécessairement de ligne.