Sunulife · dim. 26 avr. 2026 · 3 min de lecture
Le vertige de la vitesse : Naviguer le stress dans une Afrique qui s'emballe

Il y a quelques jours, un article prédisait l'avènement proche des lunettes connectées, promettant un monde où l'information se superposerait à chaque regard. Une perspective fascinante, sans doute, mais qui soulève une question lancinante : dans une société déjà saturée de sollicitations, que deviendra notre capacité à simplement être ? À Dakar, Lagos ou Nairobi, cette interrogation n'est pas un luxe de privilégiés. Elle est le symptôme d'une mutation profonde, où la promesse d'un avenir radieux se heurte à la matérialité d'un présent épuisant. Le stress, ce mot-valise dont on use et abuse, est devenu le compagnon silencieux de l'Africain urbain. On le réduit souvent à un mécanisme physiologique, une décharge de cortisol, une réponse de combat ou de fuite. Mais cette lecture, empruntée aux manuels occidentaux, occulte l'essentiel : le stress, chez nous, est aussi une affaire de temporalités brisées. C'est le décalage entre le rythme d'une mondialisation qui exige d'être connecté 24 heures sur 24 et celui d'une administration qui fonctionne encore au rythme du soleil. C'est l'écart entre l'image du jeune startuppeur qui lève des fonds à San Francisco et celle du diplômé qui, à Ouagadougou, attend des mois un premier emploi. Ce stress-là n'est pas simplement une affaire de glandes surrénales ; il est le produit d'une histoire, d'une économie et d'une culture. Pourtant, à écouter certains discours, on croirait que le stress est une maladie importée, un luxe de nantis. Rien n'est plus faux. La précarité, l'incertitude du lendemain, la pression familiale – ces réalités sont des générateurs de stress bien plus puissants que la surcharge de travail d'un cadre. Mais ils portent d'autres noms : débrouillardise, résilience, foi. La femme qui vend du poisson frit au bord de la route ne dit pas qu'elle est stressée. Elle dit qu'elle prie pour que la journée soit bonne. Et cette prière, cette spiritualité omniprésente, est peut-être notre plus grand rempart contre l'épuisement. L'ironie, c'est que ce sont souvent les solutions venues d'ailleurs que l'on nous propose pour gérer ce mal-être. Des applis de méditation, des coachs en bien-être, des retreats de yoga. Toutes choses excellentes en soi, mais qui supposent un temps libre et un pouvoir d'achat que la majorité n'a pas. Et surtout, qui ignorent les ressources endogènes : la force des communautés, le rire partagé, la musique qui fait danser les soucis, la palabre qui dénoue les conflits. Nous avons des technologies du soin que l'Occident redécouvre à peine, mais que nous tenons pour acquises. La question n'est donc pas de savoir si nous sommes plus ou moins stressés qu'ailleurs. Elle est de savoir comment nous, Africains, nous négocions ce vertige de la vitesse sans perdre notre âme. Comment nous habitons la modernité sans nous laisser dévorer par elle. Les lunettes connectées viendront, c'est inévitable. Mais l'essentiel n'est pas dans ce qu'elles nous montreront. Il est dans ce que nous choisirons de regarder, et dans la force que nous puiserons dans nos héritages pour ne pas vaciller. Car au fond, le stress n'est pas seulement un ennemi à abattre. Il est aussi le signe que nous vivons, que nous désirons, que nous nous projetons. L'enjeu, pour notre société, est d'apprendre à danser avec lui, à lui donner un rythme qui ne soit pas celui de la course effrénée, mais celui, plus ancien, de la vie qui palpite. Et cela, aucune application ne pourra nous l'offrir.





