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Société

Sunulife · sam. 21 févr. 2026 · 5min de lecture

Le mouridisme, un tailleur silencieux qui rhabille les âmes

Le mouridisme, un tailleur silencieux qui rhabille les âmes
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Le mouridisme ne se défend pas ; tel le temps qui passe, il s’impose par l’évidence de son expérience vécue. Combien de Sénégalais, mus par la précipitation ou le préjugé, critiquent sans recherche ni réflexion ? Combien ont laissé leur âme se laisser envahir par des défauts qui, une fois incrustés, minent le succès personnel et collectif ? Quand l’homme devient esclave de son ego ignorant, il étouffe en lui l’amour de la vertu et se livre en proie à ses passions, frustré de bonheur véritable et privé de boussole morale. Je ne suis pas un apologiste du mouridisme ; je rapporte simplement des faits tirés de mon modeste parcours, pour illustrer la sagesse de Mao Zedong : « La vérité émerge de la pratique ; c’est par la pratique qu’on la conçoit, et c’est par la pratique qu’on la corrige. » Choc des cultures ? Non, simple erreur de casting Né à Ziguinchor, en Casamance, j’ai longtemps partagé avec mes amis une vision erronée du mouridisme. Tout comme on caricature souvent les Casamançais en indépendantistes, le mouridisme peine à s’imposer dans certaines zones du sud du Sénégal, victime de stéréotypes tenaces. Les plus prompts à juger sont souvent les moins informés. Enfant, un proche de la famille me dépeignait le mouride comme ce Baye Fall au gourdin, mendiant de porte en porte avec tous les qualificatifs péjoratifs imaginables. À 23 ans, un camarade de l’UCAD me demandait encore comment me comporter face aux « animaux sauvages » la nuit à Ziguinchor. Ces clichés persistent, mais la pellicule analogique est dépassée : il est temps de se réveiller et de reconsidérer ces images d’Épinal. Il n’est pas Baye Fall, et pourtant il est mouride SSN en est la preuve vivante. Parmi les mourides que j’ai rencontrés, son parcours se distingue. Étudiant, il vendait des produits d’hygiène hors des cours pour financer ses études. Souvent non payé par ses clients – élèves, professeurs, camarades –, il gardait pourtant son sourire intact. Il me confiait : « Travailler sur la voie de Serigne Touba apporte des bienfaits insoupçonnés. » À chaque voyage à Touba, il promettait de prier pour toute la promotion ; nous répondions par un sourire moqueur. Nous avons obtenu notre BTS. Aujourd’hui, il évolue dans une institution financière, reste en contact et, malgré un salaire 10 à 15 fois inférieur au mien, répète : « L’argent n’est pas une fin, mais un moyen. » Cet élan de solidarité, cette générosité discrète, se manifeste souvent entre mourides : qui fait mieux ? Le mouridisme, une matière vivante en classe En cours, elle entra : appelons-la Mousso. Quelques semaines suffirent à révéler sa personnalité rare. Comme l’écrivait La Rochefoucauld : « Rien n’est plus rare que la véritable bonté ; ceux qui croient en avoir n’ont souvent que de la complaisance ou de la faiblesse. » Elle était rare, et mouride. Belle, intelligente, patiente, dotée d’une écoute qui défie le silence, discrète dans ses paroles et son habillement. Elle aspirait même à devenir « encore plus mouride », jugeant que ce n’était pas assez ! Nos deux années de fréquentation transformèrent le mouridisme en plus qu’une matière : une leçon vivante. Ses actes et nos échanges m’ont convaincu : « À chacun son domaine ; là où va le cheval, la pirogue ne glisse pas. » L’architecture d’un immeuble requiert de multiples compétences, mais l’architecte reste unique. Quand on rencontre un vrai mouride – un chef-d’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba –, il faut savoir contempler sans se distraire. Le mouridisme s’invite même dans l’avion Après mes années sur les bancs sénégalais, la chance m’envoie poursuivre mes études à Paris. Problème : personne pour m’héberger. Dans l’avion, je rencontre Baye. Nous discutons tout le vol ; je lui expose ma situation. À l’arrivée, il reste plus de trois heures avec moi jusqu’à ce que je trouve un logement dans le 93. Avant de partir – il devait encore déposer des colis pour une association –, il me prodigue des conseils et conclut : « Nous sommes des mourides, nous avons l’habitude. C’est ce que veut Serigne Touba. » L’association en question hébergeait les nouveaux arrivants en attendant des jours meilleurs. Aujourd’hui, dans le conseil et la consultance, je voyage de site en site. Les rares Sénégalais que je croise, s’ils sont mourides, se révèlent de véritables gentlemen, toujours prêts à tendre la main. J’en conclus que les mobiles qui poussent à nuire autrui trahissent un complexe d’infériorité, une bassesse amplifiée par l’orgueil et la vanité – sources de tant d’erreurs. Les moqueurs passent leur temps à épier les faiblesses d’autrui pour critiquer, croyant élever leur rang, alors qu’ils ratent l’occasion d’un examen de conscience salvateur. Le mouridisme ne se défend pas. Comme le temps, son expérience s’impose objectivement à tous. Il fait partie de ces réalités incontournables, reconnues par tous via un langage commun. La dignité humaine repose sur les actes ; quiconque tente de salir celle d’autrui met la sienne en péril. Chers compatriotes, le mouridisme est un tailleur discret qui œuvre sans bruit. Rhabillez vos rancœurs avant qu’il ne s’en charge – et sachez qu’il suit parfaitement les tendances actuelles.