Le mirage des finances publiques et le paradigme colonial : déficit, dette et souveraineté monétaire au Sénégal
Le débat sur le financement de l'État sénégalais, relancé par le rapport de la Cour des comptes, repose sur un paradigme erroné pour un pays souverain monétairement. Un tel État ne peut manquer de sa propre monnaie ; sa banque centrale crée la monnaie nécessaire pour financer toute dépense mobilisant des ressources nationales disponibles. Les impôts et la dette publique ne sont pas des sources de financement mais des outils pour réguler la masse monétaire et les réserves bancaires.

En faisant état de niveaux élevés de déficit et de dette publics, le rapport de la Cour des comptes a relancé la question du financement de l’État. Persuadés que le gouvernement sénégalais n’a plus de marge de manœuvre en matière d’endettement, la plupart des commentateurs se demandent comment trouver des « sources nouvelles » de financement public. En réalité, le langage de la « mobilisation des ressources domestiques », de la « levée de fonds » et des « financements innovants » n’est approprié que pour les colonies, les collectivités locales et les pays qui ne battent pas monnaie. Les gouvernements qui disposent de leur propre monnaie n’ont aucune contrainte intrinsèque pour financer eux-mêmes – c’est-à-dire sans dépendre des impôts et sans passer par les marchés financiers – toute dépense ayant vocation à mettre en œuvre des projets basés sur des ressources humaines et matérielles disponibles ou pouvant être développées au plan national. Aucun État émetteur de monnaie ne peut manquer de sa monnaie. Ce qui peut manquer est ce que la monnaie est censée acheter. Tout ce qui est achetable dans la monnaie de l’État peut être financé dans la monnaie de l’État. Il n’existe de contrainte financière a priori que pour ce que l’on n’est pas capable de faire soi-même. Y a-t-il trois sources de financement public en monnaie nationale…. Selon la vision dominante des finances publiques, les gouvernements ont trois manières de se financer. La première passe par le prélèvement d’impôts et
Selon l’article, un État souverain monétairement n’a pas de contrainte financière intrinsèque ; comment expliquer alors que le Sénégal, héritier d’une monnaie non souveraine (le franc CFA), continue à raisonner en termes de dette et de déficit comme s’il était sous tutelle étrangère ?
