La course au capital et au développement continue de marginaliser les êtres vivants, qu’ils soient végétaux, animaux ou humains. Cette semaine, combien de talibés avons-nous aidés ? La rue sénégalaise, une actrice oubliée.
Des contrastes frappants entre Médina et Fann-Résidence
Comment Médina et Fann-Résidence peuvent-elles coexister dans seulement 83 km² ? Comment les fàq-men et les ministres se croisent-ils si souvent aux carrefours de Dakar, l’une des anciennes quatre communes historiques du Sénégal ? Ces interrogations méritent l’attention des sociologues, des décideurs publics et des chercheurs.
Pour ma part, je propose une piste de réflexion : la rue.
La société sénégalaise regorge d’acteurs et d’actrices, mais la rue occupe une place singulière. Expressions telles que Bopp u koñ bi (le sommet de la rue) ou bunt u kër gi (le portail de la maison) témoignent de son importance culturelle.
Cependant, la rue sénégalaise est difficile à apprivoiser. Sa temporalité et sa géographie influencent les interactions sociales. Par exemple, Médina un jeudi matin n’a rien à voir avec les Almadies un dimanche soir. Entre ces deux univers, la corniche Ouest se dresse comme une frontière, offrant une vue spectaculaire sur l’Atlantique, mais symbolisant également les disparités sociales.
Les inégalités urbaines au cœur de Dakar
Les infrastructures reflètent les inégalités criantes. À Fann-Résidence, les villas luxueuses possèdent des parkings privés. À l’opposé, des quartiers comme Cité Mbackiyou Faye se composent de ruelles étroites, accessibles uniquement par des motos-taxis (siru-man).
Dans des zones comme HLM 5, les maisons inachevées, les charrettes et les eaux usées témoignent d’un urbanisme négligé. Pendant ce temps, à Fann-Résidence, les rues sont bordées de résidences surveillées par des gardiens et des chiens de race.
Ces contrastes ne se limitent pas à l’urbanisme. Ils s’observent également dans le quotidien des habitants. Pendant une promenade matinale entre Fann-Résidence et Ouakam, j’ai été frappée par les différences flagrantes : des gardiens curieux dans les quartiers résidentiels, des talibés mendiant près des kiosques, des femmes vendant des fruits sur des trottoirs inexistants, ou encore des personnes âgées cherchant de quoi assaisonner leur pain sec.
Une société qui marginalise le vivant
La rue sénégalaise est le reflet d’une société où le vivant, qu’il soit humain, animal ou végétal, est relégué au second plan. Les animaux, souvent maltraités, côtoient les êtres humains négligés. Les personnes à mobilité réduite et les personnes sans-abri partagent le même sort d’indifférence généralisée.
Dans cette quête effrénée de modernité et de capital, ne risquons-nous pas de perdre notre humanité ? À combien de talibés avons-nous tendu la main cette semaine ? Nos aumônes sont-elles motivées par un intérêt spirituel ou par une réelle volonté d’améliorer leur quotidien ?
Ces questions devraient nous pousser à réfléchir et à agir pour un Sénégal plus juste et inclusif.